Infrarouge: Héritage, qui veut gagner des milliards?

8 Apr 2026 · 48 min · 25 chapters

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Episode topic: L’héritage et la concentration de fortune en Suisse, et la question de savoir qui “gagne des milliards” (héritiers vs travailleurs) et comment la fiscalité devrait réagir (impôt sur la fortune, successions).

Guest backgrounds

Nathalie Fontanet, conseillère d’État PLR (finances) à Genève; Samuel Bendaron, conseiller national socialiste, président de l’économie et des redevances; Xavier Auberçon, avocat fiscaliste et professeur de droit fiscal; Marius Brulard, professeur d’économie à HEC Lausanne, auteur d’une étude sur fortune et héritage.

Key claims

La fortune transmissible suisse atteint ~3’600 milliards (prévision 2025), contre 1’400 en 2000; la fortune croît plus vite que le PIB. Causes: hausse immobilière, taux d’intérêt bas, baisse de la fiscalité sur la fortune/entreprises, forte épargne. Les ultra-riches gagnent davantage; l’héritage arrive souvent vers 60-65 ans et réduit l’offre de travail. Risque sociétal: inégalités et concentration du pouvoir.

Notable examples

Genève taxe fortement la fortune; baisse des successions cantonales (taux moyen ~1,5% en 2025, contre 4,6% en 1990). Discussion de l’initiative Jeunesse socialiste (taxation jusqu’à 50% au-delà de 50 millions) rejetée; comparaison avec les “tech giants”/inégalités et la mobilité fiscale.

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Chapters

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Wealth Transfer Dynamics in Switzerland

0:00 to 0:44

Explore the significant wealth transfer occurring in Switzerland and its implications.

“Il ne doit pas sa fortune à son travail, il ne doit pas sa fortune à ses performances, il ne doit pas sa fortune à son talent.”

Introduction to the Panel and Heritage Discussion

0:44 to 2:04

Introduction of the panelists and the topic of inheritance in the context of wealth concentration.

“Les baby-boomers, la génération des années de flambées boursières et immobilières, passent la main et les chiffres explosent.”

Marius Brulard's Study on Wealth

2:04 to 3:00

Discussion on Marius Brulard's study revealing the dynamics of wealth accumulation in Switzerland.

“C 'est une déferlante d 'héritage qui va s 'abattre sur la Suisse dans les années à venir.”

Factors Contributing to Wealth Growth

3:00 to 4:52

Identifying key factors that have led to increased wealth in Switzerland over the years.

“Merci mille fois d 'être avec nous, professeur d 'économie à HEC Lausanne et auteur d 'une toute nouvelle étude sur la fortune et l 'héritage en Suisse au XXIe siècle.”

Economic Disparities and Wealth Concentration

4:52 to 6:24

Exploring the disparities between wealth accumulation and income growth in society.

“Donc, c 'est quatre facteurs que je mettrai en avant.”

Discussion on Policy and Wealth Access

6:24 to 7:56

Panelists discuss potential policies to address wealth disparities and improve access.

“D 'abord, je poursuis ce premier tour de table, Nathalie Fontanet, avant de parler de fiscalité, la photo de la situation.”

The Issue of Taxation and Wealth Distribution

7:56 to 10:48

Debate about the effectiveness of wealth taxes in addressing inequality and their implications.

“Dans Genève, nous bénéficions déjà d 'un salaire minimum.”

Demographics and Timing of Inheritance

10:48 to 14:00

Examining how demographic changes affect the timing and impact of inheritance.

“gens, par leur travail, etc., ont de plus en plus de peine à joindre les deux bouts.”

Wealth Growth and Inheritance Timing

14:00 to 15:39

Explore how the timing of inheritances affects personal finance and work availability.

“C 'est -à-dire qu 'aujourd 'hui, on hérite à 60 ans, 65 ans, c 'est -à-dire au moment où on n 'a plus tellement besoin de cet argent.”

Economic Impact of Inheritances

15:40 to 17:49

Discuss the implications of inheritance on work participation and economic activity.

“l 'impôt sur les héritages a cet aspect...”
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Perspectives on Inherited Wealth

17:50 to 20:59

Debate the responsibility and spending habits of inheritors in society.

“aujourd 'hui on a quand même une espérance de vie qui s 'est largement étendue et qui sommes nous pour décider que cela n 'a pas de sens d 'hériter à partir de 65 ans ou à partir de 61 ans.”

Investment vs. Consumption

21:00 to 22:30

Analyze the outcomes of inherited wealth in terms of investment and consumption patterns.

“Et donc, ces sommes qui tournent chez ces gens, elles sont investies.”

Perpetuation of Wealth in Families

22:31 to 25:26

Examine the persistence of wealth among Swiss families and its economic implications.

“On oublie, par exemple, déjà, c 'est des gens qui, en général, consomment énormément.”

Inheritance and Taxation Dynamics

25:27 to 28:01

Discuss the relationship between inheritance, taxation, and societal wealth distribution.

“C 'est fou d 'être passionné par l 'impôt comme ça, qu 'est-ce qui nous est...”

La fiscalité et l'accumulation de la richesse

28:01 to 29:17

Discussion on the limitations of taxation in addressing societal wealth issues.

“Et donc, c 'est une chose dont on va discuter aujourd 'hui.”

L'impôt sur les successions en Suisse

29:18 to 30:48

Exploration of succession taxes in Switzerland and their implications.

“Et pourtant en Suisse, il n 'existe pas d 'impôt fédéral sur les successions.”

Les conséquences de l'imposition sur les successions

30:49 to 32:18

Debate on the fairness and rationale behind succession taxes versus wealth tax.

“c 'est d 'ajouter un nouvel impôt aux impôts déjà existants.”

La mobilité des contribuables

32:19 to 34:10

Discussion on taxpayer mobility and its influence on fiscal policy.

“et puis de pouvoir façonner avec cela des budgets crédibles.”

Réduction des impôts sur les successions

34:11 to 35:54

Analysis of the decline in succession tax rates and its consequences.

“On a commencé, canton après canton, à abolir les impôts sur les successions en ligne directe.”

Équité fiscale et imposition multiple

35:55 to 37:39

Discussion on equity in taxation and the implications of multiple taxes on wealth.

“Je crois que Maurice Brulard ne parle pas de la mobilité de toutes les personnes riches de manière générale.”

Réforme fiscale et justice sociale

37:40 to 39:36

Exploration of the need for tax reforms aimed at social justice and equity.

“notamment l 'impôt sur les successions moi alors je suis tout à fait d 'accord avec ce cas dit Nathalie Fontanet.”

L'initiative des jeunes socialistes

39:37 to 42:00

Critique of the Socialist Youth initiative and the implications for future taxation.

“Mais ce n 'est pas contradictoire avec ce que vous dites sur la mobilité.”

La nécessité d'une réforme fiscale

42:00 to 44:10

Discussion on the need for tax reform and the challenges around it.

“Ne revenons pas à la campagne, Xavier Oguarçon.”

Impôt sur les successions: Débats et opinions

44:10 to 46:34

Exploration of the complexities and societal perceptions of inheritance tax.

“J 'agisais un tout petit truc, mais un truc qui est important.”

Consensus sur l'imposition des successions

46:34 to 47:44

Concluding thoughts on the agreement around taxation strategies and future outlooks.

“Donc c 'est une grosse réforme qui devrait se réfléchir au niveau d 'un pays.”
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Transcript

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0:00...

0:12Xavier Oberson:Celui qui a hérité n 'a aucun mérite. Il ne doit pas sa fortune à son travail, il ne doit pas sa fortune à ses performances, il ne doit pas sa fortune à son talent.

0:23Samuel Bendahan:En Europe, la plupart des nouveaux milliardaires ne sont devenus pas par leur travail, leur effort, mais juste par le fait d 'être nés filles ou fils d 'un milliardaire.

0:39Xavier Oberson:Ça y est, le plus gros transfert de richesse de l 'histoire commence. Les baby-boomers, la génération des années de flambées boursières et immobilières, passent la main et les chiffres explosent. 3600 et tous ces zéros, 3600 milliards, c 'est le volume de fortune transmissible en Suisse aujourd 'hui. C 'est presque quatre fois le PIB national. Mauvaise nouvelle si l 'espoir d 'hériter du gros lot vous anime. Les grands gagnants, ce sont surtout les ultra-riches qui s 'enrichissent encore. En Suisse, d 'autant plus, dans un pays où les impôts sur les successions baissent graduellement. Et ce pactole n 'est même pas destiné à se lancer confortablement dans la vie d 'adulte, puisqu 'on hérite désormais à l 'âge de la retraite, ou presque.

1:25Xavier Oberson:À quoi servent ces milliards ? L 'héritage qui supplonte le travail comme source de richesse ? Que dit cette logique de notre société ? Et cette montagne d 'argent, l 'État va-t-il un peu plus en profiter ?

1:45Xavier Oberson:3 600 milliards de francs de fortune pour les ménages privés suisses. C 'est pas tout à fait le PIB allemand, mais pas très loin. Et c 'est surtout pas loin de trois fois la somme, la réalité d 'il y a 25 ans. Bonsoir tout le monde, ravi de vous retrouver sur le plateau d 'Infrarouge en cette semaine de Pâques. C 'est une déferlante d 'héritage qui va s 'abattre sur la Suisse dans les années à venir. Et les vannes sont déjà ouvertes, vous allez le voir. Alors les Suisses sont riches, tant mieux me direz-vous, sauf qu 'ils ne sont pas tous riches. Et cet enrichissement rime aussi avec concentration croissante de la richesse.

2:20Xavier Oberson:Alors pourquoi est-ce que la machine à ruisseler semble-t-elle un peu grippée ? Et comment est-ce qu 'on fait pour la remettre éventuellement en marche ? Un très beau plateau ce soir. Nathalie Fontanet est avec nous, bonsoir.

2:31Nathalie Fontanet:Bonsoir.

2:31Xavier Oberson:Merci d 'être avec nous, conseillère d 'État PLR en charge des finances à Genève, la grande argentière de ce canton de Genève. Samuel Bendaron, bonsoir. Bonsoir. Conseiller national socialiste, chef de beaucoup de choses, chef du groupe socialiste aux chambres, et puis président de l 'économie, toute puissante de l 'économie et des redevances, compétente en la matière. Xavier Auberçon, bonsoir. Bonsoir. Avocat fiscaliste, célèbre professeur de droit fiscal, référence en matière de fiscalité, qui a toujours eu une grande réforme dans le coin de la tête. On verra si c 'est le cas ce soir. et Marius Brulard est avec nous.

3:02Xavier Oberson:Bonsoir. Merci mille fois d 'être avec nous, professeur d 'économie à HEC Lausanne et auteur d 'une toute nouvelle étude sur la fortune et l 'héritage en Suisse au XXIe siècle. Alors héritage, qui veut gagner des milliards ? Bienvenue dans Infrarouge. Marius Brulard, je commence évidemment avec vous. Désolé, mais c 'est grâce à vous qu 'on est là. Sans cette étude, pas d 'émission. Votre étude, elle commence à faire passablement de bruit. Il y a beaucoup de choses dedans. On va essayer de la détailler en ce début de l 'émission. D 'abord, cette tendance, cette dynamique, en un quart de siècle, la fortune des ménages suisses a été multipliée par 2 ,5, c 'est beaucoup plus que la croissance du PIB.

3:38Pourquoi ?

3:40Samuel Bendahan:En effet, la fortune, elle a explosé en Suisse, elle a explosé ailleurs aussi, mais à un rythme encore plus soutenu en Suisse qu 'ailleurs. Et la grande question, une des grandes questions, c 'est pourquoi ça ? Donc le constat, il est évidemment, il est clair. Et les raisons sont multiples. Une raison, c 'est la flambée des prix immobiliers. L 'immobilier est en quantité limitée, la population grandit, on s 'enrichit, donc les prix des maisons, des appartements augmentent. Et ça fait une grande partie de cette augmentation. Une autre raison, ce sont les taux d 'intérêt bas, parce que quand les taux d 'intérêt sont bas, les valeurs des avoirs financiers sont plus élevées, ça a aussi contribué.

4:25Samuel Bendahan:Un autre élément, c 'est aussi la baisse de la fiscalité qui a aidé à l 'accumulation de fortune. De fiscalité sur la fortune. Sur la fortune, sur les héritages, sur les bénéfices des entreprises aussi. Et puis, le dernier élément, c 'est aussi notre tendance à épargner beaucoup. Les Suisses, on est des champions à l 'épargne. Notre étude montre aussi que même après la retraite, en moyenne, les gens continuent à épargner. Donc, c 'est quatre facteurs que je mettrai en avant.

4:55Xavier Oberson:Qui sont les éléments d 'explication ? Je l 'ai dit, ce qui est bien dans votre étude, c 'est qu 'il y a beaucoup de chiffres extrêmement parlants. Il y en a un autre qui montre la dynamique. 3 ,9 % de croissance annuelle pour les fortunes, c 'est beaucoup plus que les 2 ,6 % de croissance annuelle pour le PIB. C 'est encore plus que pour les salaires. On a une sorte d 'accroissement, de courbe, qui se décorèle de plus en plus entre la fortune et le revenu.

5:18Samuel Bendahan:Oui, la richesse d 'une personne, la richesse d 'une nation, c 'est deux choses. C 'est le revenu, le flux régulier, annuel, normalement, et puis c 'est le stock, la fortune, ce que je possède. Comme dans ma déclaration fiscale, j 'ai ces deux postes. Et puis là, l 'équilibre en ces deux est en train de bouger. Le poste fortune, stock, est en train de grandir par rapport au stock revenu, flux revenu. Et puis ça, c 'est une tendance qui est vraiment très marquée, qui depuis 2010 a explosé comme j 'ai dit, de façon qu 'elle n 'avait pas fait les cent années précédentes. Durant tout le XXe siècle, le rapport entre fortune et revenu était environ d 'ordre 5.

6:02Samuel Bendahan:Désormais, les derniers 15 ans, il a augmenté à l 'ordre de 8. Donc, voilà, ça pose plein de questions sociétales, aussi fiscales, sur est-ce qu 'il faudrait faire quelque chose ?

6:14Xavier Oberson:Alors, ça pose plein de questions sociétales. On est là pour essayer d 'en poigner. D 'abord, est-ce que c 'est un problème en soi, et puis si c 'est éventuellement un problème, qu 'est-ce qu 'on va faire de tout ça ? Ça, ce sera pour la deuxième partie de l 'émission. D 'abord, je poursuis ce premier tour de table, Nathalie Fontanet, avant de parler de fiscalité, la photo de la situation. Je reprends les conclusions de votre étude pour que les gens aient en tête. 3 600 milliards aujourd 'hui, c 'est les patrimoines transmissibles en Suisse, c 'est pour 2025, c 'était 1 400 en 2000, tout rond, ça c 'est un premier indicateur.

6:44Xavier Oberson:Deuxième, par tête de pipe, si j 'ose dire, per capita en latin, 250 000 francs en 2000 et 500 000 francs en 2025. Le problème, c 'est qu 'il y a plein de gens qui nous regardent qui se disent, attendez, 500 000 francs en 2025, où sont-ils ? Je ne les ai pas, ces 500 000 francs en moyenne en 2025. Pourquoi ? Parce que ça n 'a rien à voir, on vient de le dire, avec l 'évolution des revenus. Est-ce que ça veut dire que c 'est un problème, cette richesse aussi, qui s 'accroît ?

7:10Marius Brülhart:À mon avis, ça n 'est pas un problème. Je pense qu 'il faut faire très attention. On a beaucoup, au cours des dernières années et des dernières votations, stigmatisé le riche. En fait, comme si c 'était mal d 'être riche. Et on le met en perspective de celles et ceux qui n 'ont pas le même niveau de fortune, de moyens, y compris de revenus. Moi, je serais plutôt que de lutter contre cette concentration de richesse, cette augmentation de fortune. je serais plutôt pour continuer à lutter afin de permettre à celles et ceux qui n 'ont pas ce type de situation d 'y accéder, respectivement d 'augmenter leurs revenus.

7:53Marius Brülhart:C 'est ce que nous faisons au niveau politique. Dans Genève, nous bénéficions déjà d 'un salaire minimum. Dans plusieurs cantons, c 'est quelque chose qui se joue aussi actuellement. Et je pense que c 'est comme ça qu 'on doit voir les choses. c 'est très difficile pour les personnes qui détiennent des grosses fortunes de se voir souvent dans le cadre d 'initiatives populaires ou dans le cadre de votations pointées du doigt comme si c 'était un mal.

8:22Xavier Oberson:La question c 'est est-ce qu 'on les pointe du doigt parce que c 'est un mal ou est-ce qu 'on les pointe du doigt parce que relativement aux autres c 'est éventuellement problématique. La situation que vous nous décrivez elle semble être statique, ça se creuse. Et puis vous voulez faire en sorte que les gens puissent améliorer leur sort par leur revenu. On vient de le voir, le travail, ça a eu payé, ça ne paye plus par rapport à la fortune.

8:41Marius Brülhart:Ces personnes extrêmement fortunées payent aujourd 'hui beaucoup d 'impôts. Beaucoup, beaucoup d 'impôts. Elles sont taxées tous les mois, tous les ans sur leur fortune avec un impôt qui est progressif. Et j 'aimerais rappeler que Genève a le taux le plus élevé d 'imposition sur la fortune par rapport aux 26 autres cantons.

9:04Xavier Oberson:Taux d 'opposition qui a baissé graduellement depuis 30 ans.

9:08Marius Brülhart:Ah non, l 'impôt sur la fortune n 'a pas baissé. En Suisse, il a largement baissé. Alors en Suisse, peut -être, parce que certains cantons l 'ont baissé. À Genève, il a baissé pour la première fois en 2025, où il a effectivement baissé de 15%. Mais on reste, malgré cela, le canton qui impose le plus.

9:26Xavier Oberson:Samuel Bendah, je vais vous laisser réagir, avec juste avant une autre conclusion. On sort toute l 'étude, Maurice Brulard, excusez-nous. Quand vous faites des bonnes études, on s 'en sert. 1 % des plus riches en 2000 détenaient à peu près un tiers de la fortune. Aujourd 'hui, c 'est 45%. Ça dure à peu près la moitié. C 'est ça qui vous dérange, me dit mon petit doigt.

9:49Nathalie Fontanet:Votre petit doigt, comme souvent, a extrêmement raison. Mais j 'aimerais vraiment être très clair sur un point. Au fait, on n 'est pas ici en train de débattre de si on aime ou on n 'aime pas les riches, si on veut les stigmatiser ou pas les stigmatiser, si on a quelque chose de personnel ou si on a de la jalousie. parce qu 'au fait, c 'est jamais ça. – Ça peut exister, hein ? – Non, mais je ne dis pas que ça n 'existe pas. Il y a des tas de gens qui sont jaloux de plein de choses, d 'ailleurs. Pas seulement de la richesse, de la beauté, de succès, de plein de choses. Mais ce n 'est pas le débat de ce soir.

10:13Nathalie Fontanet:Le débat de ce soir, pour moi, c 'est de dire finalement dans quelle société on a et quelles sont les libertés des gens en général. Et le problème qu 'on discute aujourd 'hui, ce n 'est pas qu 'il y a des riches en soi, c 'est que, et ça, là-dessus, je suis d 'accord avec Mme Fontanet, c 'est qu 'au fait, pour le reste de la population, c 'est de plus en plus dur.

10:33Nathalie Fontanet:liberté de vivre correctement, de pouvoir être heureux dans sa vie, elle est réduite parce que les richesses se concentrent et que du coup, il en reste moins pour les autres. Et donc, l 'organisation actuelle de la société fait qu 'en fait, certains riches ont de plus en plus de moyens et de pouvoir et aussi, malheureusement, que d 'autres gens, par leur travail, etc., ont de plus en plus de peine à joindre les deux bouts. Puis le problème, il est là. Je suis d 'accord, d 'ailleurs, je suis très heureux d 'entendre que Mme Fontenay loue les vertus du salaire minimum, et c 'est vrai, c 'est bien, mais le salaire minimum, c 'est aussi quelque chose qui est là pour pallier au fait que l 'organisation naturelle de la société et des entreprises fait qu 'on tolère qu 'en même temps qu 'il y a des multimilliardaires, d 'autres gens travaillent à 100 % et ne reçoivent pas comme salaire de quoi vivre.

11:16Nathalie Fontanet:Puis c 'est ça le problème. C 'est que, un, les revenus ne sont pas suffisants pour les gens, et puis qu 'en même temps, on a des riches, donc ça veut dire qu 'il y a assez d 'argent. Puis deux, et c 'est encore plus grave, la concentration des richesses signifie aussi une concentration du pouvoir. Les effets sont encore plus forts dans d 'autres pays comme aux Etats-Unis, mais ça a un effet majeur sur la démocratie parce que cette richesse qui s 'accumule, en fait, permet à ces riches de contrôler une partie du système démocratique, du système judiciaire, et ça, c 'est extrêmement dangereux, comme on le voit avec Trump aux États-Unis.

11:43Xavier Oberson:Xavier Oberson, la petite pique de Nathalie Fontanel confirme. Quand on parle de fortune, des croissements, des inégalités, de riches, d 'ultra-riches, de super-riches, on est facilement soupçonné d 'être des crypto-communistes, des jaloux, ou pire, des journalistes. mais factuellement factuellement, Marius Brunard il a mesuré des choses, est-ce que cette concentration croissante et qui s 'accélère de la fortune, ça pose oui ou non dans vos yeux de fiscaliste un problème sociétal et un éventuel risque pour la paix sociale ?

12:13Nathalie Fontanet:Alors absolument, et c 'est vrai que je pense qu 'il y a un accroissement de cette inégalité, ça je suis tout à fait d 'accord mais peut -être on se trompe sur la cause, parce que pour moi on en parlera peut -être tout à l 'heure l 'impôt sur la fortune, par exemple. Il ne faut pas oublier que c 'est un vieil impôt, l 'impôt sur la fortune. C 'est un impôt cantonal, historiquement. Et est-ce que c 'est vraiment le bon outil ? Moi, je ne suis pas tout à fait sûr. Parce que plus personne n 'en est vraiment sûr, mais il a pris beaucoup d 'argent. Ce qui provoque, notamment aux États-Unis, la croissance des inégalités, on voit bien, c 'est par exemple ces tech giants, ces géants d 'Internet, ceux qui ont contrôle les réseaux sociaux, qui peuvent même influencer les votes des gens, etc.

12:56Nathalie Fontanet:et derrière ça vous avez l 'intelligence artificielle donc moi je me situe sur un plan un peu différent et je pense que notre système fiscal doit être revu, je suis absolument d 'accord avec ça mais je ne suis pas du tout sûr que l 'impôt sur la fortune c 'est le bon outil d 'abord c 'est un impôt...

13:11Xavier Oberson:ça tombe bien on va parler d 'un autre impôt tout à l 'heure. Voilà, mais l 'impôt sur la fortune par exemple

13:15Nathalie Fontanet:c 'est un impôt aussi qui est très fragile on parle d 'un impôt cantonal des fois à 100 mètres de là vous êtes dans un autre canton vous avez un taux complètement différent Vous allez à Schwyz, vous payez dix fois moins d 'impôts sur la fortune, à Volleuro, par exemple, qu 'à Genève, à peu près. J 'exagère, mais pas tellement. Dix fois moins. Donc, est-ce que c 'est vraiment le bon outil ? Ils sont parlé du fait qu 'on peut aller en Europe, il n 'y a pratiquement plus aucun pays européen qui a un impôt sur la fortune. Donc, je suis d 'accord avec le fait qu 'il y a un accroissement d 'inégalités et ça, il faut vraiment faire quelque chose de la compte.

13:51Nathalie Fontanet:Peut -être avec le système fiscal, mais je ne pense pas que l 'impôt sur la fortune ce soit le bon outil pour le faire

13:56Xavier Oberson:et bien on en parlera parce que ce sera au coeur du deuxième chapitre Marius Brulard je continue à essayer de prendre cette photo de cet accroissement de la fortune privée en Suisse et de se demander si ça n 'est qu 'une bonne nouvelle parce qu 'a priori les Suisses sont plus riches champagne ou s 'il y a un certain nombre de problèmes vous constatez et c 'est dû au phénomène démographique du vieillissement que ces patrimoines, ces gigantesques patrimoines transmissibles, ils sont transmis mais ils sont transmis de plus en plus tard dans la vie des gens. C 'est -à-dire qu 'aujourd 'hui, on hérite à 60 ans, 65 ans, c 'est -à-dire au moment où on n 'a plus tellement besoin de cet argent.

14:30Samuel Bendahan:Oui, un autre chiffre peut -être intéressant, c 'est que vous avez plus de probabilité d 'être hérité entre les âges de 61 et 65 ans que durant toute votre vie jusqu 'à 45 ans. C 'est quelque part logique, parce que l 'espérance de vie étant ce qu 'elle était, ce qu 'elle est maintenant, c 'est pas surprenant que c 'est plutôt à 60 qu 'on hérite qu 'à 25 maintenant est-ce que c 'est un problème ça c 'est une grosse question un aspect un peu original d 'une autre étude qu 'on vient de mener c 'est de se dire qu 'est-ce que fait l 'héritage sur la disponibilité des gens au travail est-ce que hériter ça fait qu 'on réduit ses heures de travail et la réponse est clairement oui et notamment quand le gros des héritages arrive entre 55 et 65 ans, on observe dans les données que beaucoup de gens utilisent ça pour se financer une retraite anticipée.

15:29Samuel Bendahan:Mais c 'est le moment de la retraite aussi. Ben voilà, par hasard ça tombe un peu sur la même période de la vie et puis là on peut se dire, si on veut parler d 'impôts, l 'impôt sur les héritages a cet aspect... On en parlera, on n 'est pas tout de suite avec l 'impôt. Oui, mais puisque l 'héritage contribue à réduire l 'offre de travail, en contrepartie, si on réduit l 'héritage un peu via l 'impôt, ça augmente la disponibilité au travail. Donc, dans ce sens-là, réduire les héritages via l 'impôt a l 'effet contraire à tous les autres impôts qui ont, eux, plutôt la conséquence de réduire l 'offre de travail.

16:08Samuel Bendahan:Donc, il y a là quelque chose de tout particulier à l 'héritage. Et si on veut encore mener au bout cette réflexion, on pourrait se dire, finalement, si la fortune tournait qu 'entre des décédés de 95 ans et leurs enfants qui ont 65 ans, finalement, tout le monde qui aura moins de 65 ans sera forcé de travailler. Et point de vue maximisation de l 'activité économique, maximisation du PIB de la nation, c 'est presque une bonne idée de laisser tourner la fortune parmi les personnes âgées. C 'est un argument, il faut être

16:42Xavier Oberson:professeur d 'économie pour tenir des arguments pareils. Mais c 'est intéressant. Nathalie Fontanet, quand on discutait avec les économistes, je discutais récemment avec le chef économiste d 'une banque, on ne peut pas suspecter d 'être très à gauche, désespérait sur cette question-là, de voir ces fortunes qui sont héritées à 65 ans par des gens qui vont en prendre soin de manière extrêmement on peut risquer qu 'ils ne vont rien investir au minimum possible et puis qu 'ils vont la transmettre intacte 25 ans plus tard en disant que cet argent est perdu, c 'est des centaines de milliards perdus pour l 'économie.

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17:13Xavier Oberson:Vous êtes d 'accord avec ça ?

17:14Marius Brülhart:Non, pas forcément. Je suis désolée. D 'abord, je ne suis pas économiste. D 'abord, je pense qu 'on vit dans une société où chacun est libre de faire ce qu 'il veut avec sa fortune et qu 'on n 'a pas apporté de jugement sur le fait que quelqu 'un l 'utilise ou ne l 'utilise pas. Ce n 'est pas moral, mon jugement.

17:33Xavier Oberson:c 'est macroéconomique c 'est une remarque oui mais je ne suis pas

17:37Marius Brülhart:économiste donc je vous réponds en tant que conseillère d 'Etat je n 'ai pas à juger si un monsieur qui vient d 'hériter va utiliser sa fortune ou non et puis je constate aussi qu 'on vit de plus en plus âgés aujourd 'hui on a quand même une espérance de vie qui s 'est largement étendue et qui sommes nous pour décider que cela n 'a pas de sens d 'hériter à partir de 65 ans ou à partir de 61 ans. Que savons-nous de ce qui est fait de ces fortunes ? Ces fortunes, elles profitent aussi aux enfants de celles et ceux qui en héritent, parce que souvent, si vous héritez et que vous avez 61 ans ou 65 ans, vous allez en faire profiter vos enfants, vous allez leur acheter des biens immobiliers, vous allez leur permettre de vivre différemment.

18:28Marius Brülhart:Puis moi, je voyais un tout petit peu une contradiction entre les deux arguments qui étaient invoqués par le professeur Brulhardt, parce que finalement, d 'un côté, on se réjouit que les personnes n 'héritent pas plus jeunes parce qu 'elles peuvent ainsi continuer à être actives sur le marché du travail et elles vont nous éviter de manquer de main-d 'œuvre. On sait que c 'est ce qui se profile dans un avenir proche. Et de l 'autre côté, on reproche finalement que ce soit des personnes presque en âge de retraite qui héritent. donc pour moi ça ne joue pas tout à fait et je suis comme Xavier Auberson je me réjouis beaucoup qu 'on puisse discuter de fiscalité parce que n 'étant ni économiste ni philosophe, je me réjouis qu 'on aborde ce qui pour moi

19:15Xavier Oberson:est le cœur du sujet Je vous le garderai bien, il y a beaucoup de philosophes, Mélanie Plouvier qui s 'intéresse à ce sujet, je vous recommande qui est allé explorer toute la pensée de l 'héritage c 'est une pensée très riche depuis les lumières on a beaucoup réfléchi, aujourd 'hui on ne pense plus beaucoup sur l 'héritage mais à l 'époque on réfléchissait beaucoup

19:28Marius Brülhart:– Mais je n 'en doute pas.

19:29Xavier Oberson:– Samuel Bender, vous n 'êtes pas grand argentier, donc vous êtes tranquille, je vous repose la même question. Ces milliards qu 'on hérite quand on a 60 ans pour rien en faire, est-ce qu 'ils sont perdus pour l 'économie ?

19:38Nathalie Fontanet:– En fait, le problème, c 'est que moi je suis assez d 'accord que ce n 'est pas tellement important l 'âge des gens, parce qu 'en réalité, dans une famille très riche, si quelqu 'un a besoin d 'argent, à moins qu 'il est vraiment en froid avec ses grands-parents ou ses arrière-grands-parents ou je ne sais qui, le souci de vie, disons, est quand même très différent de ceux qui n 'ont pas cette ressource-là. Donc ça, ça va de toute façon exister. Mais j 'aimerais quand même dire, on n 'est pas en train de parler d 'une masse de force de travail. L 'histoire, justement, toute l 'histoire qu 'on discute, c 'est que ces ultra-riches, ils sont quand même hyper peu.

20:08Nathalie Fontanet:Donc le nombre de gens qui ne sont pas sur le marché du travail parce qu 'ils peuvent potentiellement hériter de milliards, c 'est aussi assez peu de personnes. Donc moi, ce n 'est pas ça qui m 'émeut beaucoup, à quel âge les gens héritent. Le problème, il est un peu différent. C 'est que l 'argent qui soit hérité jeune ou vieux, en réalité, une fois qu 'il est accumulé dans de telles sommes, c 'est pas de l 'argent qui peut être dépensé irraisonnablement, il peut être dépensé de deux façons il peut être investi c 'est ça, j 'y viens, j 'y viens c 'est exactement là où je veux en venir soit c 'est du gaspillage parce qu 'on achète des yachts et des trucs, alors on peut décider de ne pas faire de jugement moral sur ce que les gens font mais c 'est vrai qu 'après ça occupe des milliers de personnes à faire ça on peut discuter de ça mais c 'est clair que la société avant de permettre à des gens d 'avoir ce genre de luxe là, je trouve qu 'on a aussi un devoir moral, même si vous n 'êtes pas d 'accord mais de faire que le reste de la population vit bien.

20:57Nathalie Fontanet:Ça, c 'est la première chose. Mais la deuxième chose qui va être faite, c 'est évidemment d 'être investi. Et donc, ces sommes qui tournent chez ces gens, elles sont investies. Puis l 'investissement, c 'est vrai qu 'on le voit souvent comme étant quelque chose de bien, parce que c 'est des gens qui vont créer de l 'activité économique. Puis cette partie-là, moi, je trouve que dans l 'absolu, elle est bien. Je suis pour l 'investissement général. Mais là, comme effet de bord, le suivant, c 'est que plus la masse d 'argent qui est investi est grande, plus la somme que l 'économie doit consacrer à rémunérer ses investissements, parce que ce ne sont pas des investissements qui sont faits pour le bien du collectif seulement, c 'est pour tirer une rentabilité.

21:27Nathalie Fontanet:Et ce que trouve dans son étude M. Brullard, et c 'est ça la clé de la chose, c 'est que malheureusement, l 'argent qui va ruisseler vers les gens qui ont cette fortune est de plus en plus grand par rapport à l 'argent qui récompense ceux qui travaillent pour que cette fortune soit gagnée. – Nouvel effet d 'accroissement du problème. – Et bien oui, en fait le problème, il est là pour moi, c 'est que comme ces sommes grandissent, on dit toujours qu 'il ne faut pas comparer revenu et fortune, mais en fait oui, il faut comparer. Parce que le revenu et la fortune, c 'est la même chose. Quelque part, toute fortune, il y a un revenu qui est lié à ça.

21:54Nathalie Fontanet:Et donc, s 'il y a plus de fortune, il y a aussi plus de revenu qui est nécessaire pour rémunérer cette fortune. Mais s 'il y a le même nombre de gens qui travaillent pour vraiment faire des choses, on se retrouve dans une situation où ceux qui travaillent ont de moins en moins le fruit de leur travail. Et mon problème, il n 'est pas que les riches, ils ont beaucoup, mais il est que ces gens qui travaillent, ils ont moins. – Oui, peut -être. – Oui, j 'avais un... – Donc, encore une fois, j 'ai dit avant, je suis d 'accord avec le fait d 'accroissement des inégalités et qu 'il faut faire quelque chose.

22:19Nathalie Fontanet:consommer un cas là-dessus. Mais je trouve que vous avez une vision un peu caricaturale quand même. Parce qu 'on a l 'impression que vous avez des gens qui deviennent très riches et puis qu 'en fait, cette richesse, elle est cantonnée puis après, elle ne bouge plus.

22:30Xavier Oberson:Mais c 'est quand même un peu ce que nous montrent les indicateurs à travers le temps.

22:33Nathalie Fontanet:On oublie, par exemple, déjà, c 'est des gens qui, en général, consomment énormément. Moi, je n 'ai pas du tout la même vision que vous. Donc, c 'est des gens qui consomment. S 'ils consomment, vous allez avoir la TVA, donc un impôt qui est important. vous allez avoir ensuite peut -être des commerces des entreprises, des hôtels des restaurants, ça fait partie aussi d 'une économie Oui, oui, non, je vois Juste une petite question parce que vous êtes d 'accord monsieur ou vous me dites si j 'ai tort, mais que plus on a un revenu élevé, plus la part de ce revenu qu 'on consomme est faible, c 'est juste, non ?

23:07Nathalie Fontanet:Oui, c 'est ce qu 'on appelle l 'utilité mais quand même, les gens qui ont un revenu élevé vont quand même avoir tendance à consommer aussi plus et je prends un exemple c 'est ce qui se passe par exemple à Mayfair, juste pour donner l 'exemple, c 'est pas à la Suisse, mais c 'est la région de Londres, donc ils ont abrogé un statut fiscal important, il y a 20 000 riches à ce jour anglais qui sont partis, eh bien il semblerait que le quartier de Mayfair, je ne sais pas si vous êtes allés, ce n 'est plus du tout la même chose, plein de restaurants qui sont en train de fermer, enfin je ne vais pas vous faire pleurer.

23:37Nathalie Fontanet:Non mais la richesse profite, la richesse crée de la richesse, on est bien d 'accord, la question c 'est est-ce qu 'elle le fait assez bien ? Voilà, c 'est juste, je trouve que c 'est un peu trop caricatural, c 'est simplement ça. l 'exemple du riche qui gagne beaucoup qui garde tout et puis qui préserve tout pour la suite, je pense que ça ne correspond pas forcément à la réalité je voudrais vous répondre sur la caricature je ne suis vraiment jamais dans la caricature je pense c 'est vrai, on doit un peu expliquer les choses pour qu 'on comprenne des phénomènes, mais ça ne veut pas dire qu 'on considère qu 'il y a deux catégories de gens puis c 'est tout, c 'est clair, vous avez raison, il y a des nuances il y a des gens plus ou moins rires, il y a des gens qui partagent il y a des gens comme Bill Gates qui donnent très peu à leurs enfants puis beaucoup pour des causes.

24:14Nathalie Fontanet:Il y a tout dans ce monde. Ce que je voulais dire, M. Auberçois, c 'est très important de le comprendre, c 'est qu 'au fait, il y a des tendances générales. La tendance générale que M. Brullard montre, c 'est une concentration de ces richesses et donc une plus grande rentabilité de ça. Mais pas, voilà, que deux groupes de population. Je veux juste être clair là-dessus parce que ça, c 'est juste. Marius Brullard, ce qui veut arbitrer.

24:32Samuel Bendahan:Oui, juste pour rebondir là-dessus, il y a aussi une pérennité étonnante des richesses des grandes fortunes familiales en Suisse. Donc, une récente étude montre que par exemple dans les fortunes des bilans 300, les 300 familles qu 'on peut découvrir chaque année grâce à ce magazine. Avec un plaisir coupable comme ça, tout le monde se rue sur bilan même si on se bouche le nez. Ils ont décortiqué ça et puis ils ont découvert que 40 % de ces richesses ont déjà existé ou remontent à des fondations d 'entreprises d 'avant Deuxième Guerre mondiale. Donc presque 100 ans de pérennité de ces dynasties familiales.

25:10Samuel Bendahan:Donc c 'est vrai qu 'il y a des fortunes qui décroissent, mais il y a aussi une énorme pérennité, et puis ça semble s 'accentuer, ça semble se stabiliser plus tôt ensuite ces dernières années. Alors vous me servez juste une dernière question, deux minutes avant de parler de fiscalité,

25:26Xavier Oberson:ensuite on ne parle que d 'impôts, je vous promets. C 'est bien l 'impôt. C 'est fou d 'être passionné par l 'impôt comme ça, qu 'est-ce qui nous est... On est des gens bizarres. Marius Brulhardt, ce que vous dites là, c 'est largement thématisé chez nos voisins français. Piketty évidemment qui a fait ses calculs, Je le disais, la philosophie s 'en empare, il y a beaucoup de réflexions, il y a une histoire de la pensée autour de l 'héritage qui est très très riche, qui l 'est un peu moins maintenant, qui le redevient face au phénomène. Et je le disais, Mélanie Plouvié décrit la société française aujourd 'hui comme une société d 'héritier, non pas parce qu 'elle n 'aime pas les riches et qu 'elle trouve ça affreux, mais simplement elle dit une société d 'héritier c 'est une société dans laquelle la constitution du patrimoine se fait davantage par l 'héritage que par le travail.

26:04Xavier Oberson:Est-ce qu 'en Suisse on est aujourd 'hui dans une société d 'héritier ? Et si oui, pourquoi on attend en 2026 pour s 'en inquiéter ?

26:10Samuel Bendahan:Je dirais oui et non. Oui, dans le sens que je viens de dire, il y a une certaine pérennité de grandes fortunes, il y a une certaine aristocratie de l 'argent, quelques familles, quelques personnes, mais quand même dans la large majorité de la société, ce qui compte beaucoup plus, c 'est le revenu. Si je regarde toute ma richesse de ma naissance jusqu 'à ma mort et qu 'est-ce que j 'ai eu le plaisir d 'avoir dans ma vie, la large majorité de ce que la Suisse, le Suisse moyen reçoit, c 'est l 'argent de son travail et ce n 'est pas l 'héritage. L 'héritage, il est en train de monter en importance, mais ça reste secondaire par rapport à ce qu 'on gagne.

26:52Samuel Bendahan:Donc je dis aux jeunes, si vous cherchez un partenaire, si vous vous intéressez à combien il ou elle va m 'apporter matériellement dans ma vie, ne cherchez pas l 'héritier ou l 'héritière, mais chercher quelqu 'un qui a un bon métier qui va bien payer.

27:06Nathalie Fontanet:C 'est toujours ça qui... Je voudrais relever un paradoxe aussi par rapport à la France. C 'est quand même paradoxal que la France, qui est un des pays qui a le plus... le taux d 'impôt sous l 'expression le plus élevé... Oui, mais qui concerne très peu de gens... À vous entendre, c 'est un pays d 'héritiers. Alors, je ne comprends pas, là. Comment c 'est possible si le système fiscal taxe à 45 %, et c 'est le cas, parents, enfants, en France, c 'est taxé à 45 %. Comment ils sont faits pour rester, alors, un pays d 'héritier avec des grandes fortunes. Là, il y a quelque chose qui m 'échappe. Donc, ça peut -être dire qu 'il n 'y a pas que la fiscalité qui va jouer un rôle là-dedans.

27:40Nathalie Fontanet:Absolument non. Il y a d 'autres moyens. Parce que c 'est très étonnant. Si on compare avec la Suisse. On va creuser ce paradoxe. Il y a beaucoup

27:49Samuel Bendahan:de trous d 'exonération, de loup-pose.

27:52Xavier Oberson:C 'est -à-dire que le taux facial de 45%, il n 'y a pas beaucoup de monde, quand on est très riche en France, qui le paye. C 'est ça la réalité. Voilà ce qui se passe.

27:59Nathalie Fontanet:Mais c 'est sûr que, il faut être clair, La fiscalité n 'est jamais la seule réponse à donner à un problème de société. Et donc, c 'est une chose dont on va discuter aujourd 'hui. Souvent, ça aide à réduire un problème, en fait, dans certains cas, ou à financer les prestations publiques. Mais il faut être clair, il y a un problème fondamental sur comment la richesse peut s 'accumuler dans ce monde. Et ce n 'est pas que la fiscalité qui va être la réponse.

28:19Xavier Oberson:Alors, qu 'est-ce qu 'on fait ? Est-ce qu 'on ne fait rien ? Est-ce qu 'on fait beaucoup de choses ? Qu 'est-ce qu 'on fait de cet énorme tas de milliards de ces patrimoines en voie de déferlement sur la Suisse ? si bien figurez-vous. Vous ne serez pas surpris que la question tarot de Jean-Marc Hélène, c 'est la question longue de cette émission.

28:41Xavier Oberson:Plutôt étourdi par cette valse de mien. Un petit peu taroté quand même. Ben oui, on aime quand vous êtes taroté. Absolument. En ce monde, rien n 'est certain à part la mort et les impôts. De qui est cette phrase ? Est-ce que vous avez une idée ? Gustave Parking. Non, vous nous sortez Gustave Parking. Je suis désolé. Non, c 'est Benjamin Franklin, un des pères fondateurs des Etats-Unis. Vous me voyez venir évidemment. Si on s 'appuyait sur les deux certitudes de Benjamin Franklin pour remplir un petit peu les caisses de l 'Etat, c 'est -à-dire un impôt sur les successions, les successions qui en 2025 en Suisse se sont montées à 100 milliards, c 'est pas mal.

29:21Xavier Oberson:Et pourtant en Suisse, il n 'existe pas d 'impôt fédéral sur les successions. On a essayé à plusieurs reprises d 'en introduire un, pas plus tard que l 'automne passé avec l 'initiative de la jeunesse socialiste qui a été balayée par le peuple. Mais en Suisse, ça reste pour l 'instant une prérogative purement cantonale d 'imposer les successions. Et je crois qu 'on peut dire que les cantons n 'ont pas la main très très très lourde sur la question. Si on se penche uniquement sur les héritiers directs, les enfants, il n 'y a que trois cantons en Suisse qui les taxent. Il y a Penzel Road intérieur, il y a Neuchâtel qui taxe à 3%.

29:54Xavier Oberson:Et puis, il y a le canton de Vaud qui taxe à partir du moment où un héritier touche plus de 1 million. Sinon, partout ailleurs, les héritiers sont exonérés. En ligne directe. En ligne directe, absolument, bien sûr, en ligne directe. En revanche, évidemment, plus le lien familial, le lien de parenté est distendu et plus on commence à taxer les successions. Jusqu 'à 50 %, un peu plus. 54 %, 54 entre tiers. Pardon. Absolument. Mais en moyenne, en 2025, en Suisse, le taux d 'imposition s 'est monté à 1 ,5%. Ce n 'est pas beaucoup et c 'est surtout un taux qui diminue depuis plusieurs années graduellement.

30:33Xavier Oberson:Alors Nathalie Fontanet, quand on est grand argentière du canton de Genève, est-ce qu 'on ne se dit pas qu 'il y a une jolie manne à aller chercher pour renflouer les caisses publiques ou au contraire, est-ce que la libérale que vous êtes ne veut pas en entendre parler, ça reste un tabou absolu ?

30:48Marius Brülhart:Pour moi, le tabou, c 'est d 'ajouter un nouvel impôt aux impôts déjà existants. Ça, c 'est un tabou. Il est exclu de venir imposer les héritages en ligne directe, alors que la fortune fait aujourd 'hui déjà l 'objet d 'une imposition. Ça signifie que le patrimoine qui est transmis par héritage en ligne directe a déjà fait l 'objet d 'une imposition tout au long de la vie de son détenteur. En revanche, d 'avoir une discussion libre sur le fait de remplacer l 'impôt sur la fortune aujourd 'hui, qui est payé tout au long de la vie, à un moment donné où les personnes sont effectivement plus jeunes, ont peut -être d 'autres besoins en termes d 'investissement.

31:37Marius Brülhart:Vous voyez, je fais un pas vers vous, Alexia. Je vois le dilemme, je vois, vous revenez. On peut être d 'autres besoins en termes d 'investissement pour leur famille, pour se loger, pour faire d 'autres choses. et puis qu 'il y ait à ce moment-là une imposition raisonnable, et ça aussi c 'est quelque chose de très important au moment de la succession et pour les héritages en ligne directe, pourquoi pas. J 'ai un bémol qui est un bémol finalement opérationnel, c 'est que lorsqu 'on pilote des finances publiques, on a besoin de prévisibilité, On a besoin de savoir et de pouvoir compter sur des revenus.

32:17Marius Brülhart:Vous conviendrez que c 'est difficile de déterminer, d 'avoir une prévisibilité dans la mort de riches contribuables et puis de pouvoir façonner avec cela des budgets crédibles. Donc c 'est peut -être pour moi un frein.

32:36Xavier Oberson:Mais ça veut dire que vous considérez que l 'impôt sur les successions serait peut -être plus juste qu 'un impôt sur la fortune ?

32:41Marius Brülhart:Je pense que l 'impôt sur les successions pourrait, tant et aussi longtemps qu 'il reste raisonnable, pourrait être plus juste que l 'impôt sur la fortune, parce que finalement, il y a cette notion de transmission d 'un patrimoine, donc il n 'y a effectivement pas le fait d 'avoir travaillé ou d 'avoir créé soi-même de la fortune en investissant, et donc peut -être que c 'est un peu plus juste mais sous réserve que cela reste un taux raisonnable et pas un taux confiscatoire parce qu 'il n 'y a rien de plus mobile qu 'une personne physique

33:15Nathalie Fontanet:fortunée

33:17Marius Brülhart:qui plus est, qui pourrait décider de quitter à un moment donné le canton ou le pays

33:23Xavier Oberson:Vous posez tellement bonne question que je vais avoir besoin de vous dans mon oreille Jean-Marc, vous êtes d 'accord que je vous libère ? Merci mille fois mais on poursuit évidemment sur votre question, Maurice Broulard Juste sur le chiffre que Jean-Marc a donné, 1 ,5%, c 'est en moyenne le taux effectif aujourd 'hui de l 'impôt sur les successions en Suisse, prérogative cantonale. Ça a baissé, disait-il, ça a beaucoup baissé. On est passé de 4 ,6 % en moyenne à 1 ,5%. Donc on impose de moins en moins les successions. Pourquoi ?

33:54Samuel Bendahan:Je dirais à cause d 'une grosse erreur, voire une grosse tromperie à l 'échelle nationale. Ah, je dis pourquoi. Parce que graduellement, à partir de 1990, ça a commencé au nord-est de la Suisse, Saint-Gal, Chaffouse. On a commencé, canton après canton, à abolir les impôts sur les successions en ligne directe. Et c 'était comme une vague de dominos qui aboutit à Genève en 2004, sans faire erreur. et chaque fois, et là aussi on a fait une étude, on peut montrer que chaque fois l 'argument choc qui était mis en avant dans les brochures de votation, parce que typiquement il y avait une votation populaire, c 'était l 'argument de la concurrence fiscale.

34:43Samuel Bendahan:L 'argument, si nous on suit pas, si nous on abolit pas non plus notre impôt, nos riches contribuables âgés vont aller chez nos voisins qui viennent d 'abolir. Donc, un après un, ils ont aboli, sauf vous, où ils n 'ont pas suivi cette logique, entre autres parce que les économistes s 'étaient manifestés. On a fait une étude ex poste, des années après, où vraiment on a les statistiques, on peut voir la mobilité de ces gens, et on ne la voit juste pas cette mobilité. Parce que les taux étaient d 'un niveau tellement modéré, donc inférieur à 10 % en moyenne, 4 ,6 % en 1990 que ce n 'était pas suffisant pour quelqu 'un pour que vraiment il déménage.

35:30Samuel Bendahan:Certains individuellement, ils ont déménagé il y a toujours des gens qui réagissent à des changements d 'impôts mais c 'était largement insuffisant pour vraiment valoir la peine de réduire cet impôt, on a juste perdu des recettes.

35:45Nathalie Fontanet:On débat souvent cette question de mobilité et certains disent que ce n 'est pas vrai, ça n 'existe pas alors là, moi j 'ai une opinion très claire là-dessus, c 'est une réalité.

35:55Xavier Oberson:Non, non, attendez, il faut clarifier. Je crois que Maurice Brulard ne parle pas de la mobilité de toutes les personnes riches de manière générale. Il parle de la mobilité des plus vieux qui auraient été tentés de déménager entre le canton de vie. Mais bien sûr,

36:06Nathalie Fontanet:j 'ai pas le droit de donner des noms, mais je connais vraiment des exemples. Je peux vous en donner, mais sincèrement. Il suffit des fois que, je connais même l 'exemple d 'une commune, je crois que c 'était dans le canton de Vaud, où un contribuable est parti et ils ont dû modifier les centimes additionnels, je crois que c 'était maintenant les journaux d 'ailleurs, avec ce départ. Donc, quand ça nous plaise ou ça ne nous plaise pas, c 'est une réalité. Les gens, surtout les gens fortunés, sont très très mobiles. L 'initiative Jouzo, par exemple, il y a des gens qui sont partis ou qui ont pris des mesures, certains, j 'espère, vont revenir, et il y en a d 'autres qui ne sont pas venus.

36:46Nathalie Fontanet:Et ça, c 'est une grande déception pour la Suisse. le timing était très mauvais, notamment les Anglais juste pour vous dire, je reviens à mes Anglais ils ont supprimé le statut fiscal il y a 20 000 contribuables qui sont partis c 'est que des grandes fortunes ils sont allés en Italie pour la plupart à Monaco, je ne les envis pas ou en Grèce la plupart ne sont pas venus en Suisse ils avaient peur de cette initiative Juzo donc la question de la mobilité des contribuables alors là je suis catégorique c 'est une réalité

37:14Xavier Oberson:sur la tendance, je vous garde deux secondes vous avez tous envie de parler mais l 'imposition des successions a graduellement baissé depuis 30 ans, 40 ans on vient de l 'entendre dans le même temps, l 'impôt sur la fortune dont on va reparler, lui aussi le taux effectif a graduellement baissé est-ce que la baisse concomitante sur 30 ans de ces deux impôts-là n 'est pas éventuellement problématique ? C 'est juste que les fiscalistes ont très bien travaillé à merde

37:37Nathalie Fontanet:Là je suis content justement qu 'on parle dans une fiscalité donc pourquoi pas notamment l 'impôt sur les successions moi alors je suis tout à fait d 'accord avec ce cas dit Nathalie Fontanet. Je pense que conceptuellement, c 'est un impôt qui est assez juste. Moi, je virais tout à fait avec ça. Qui frappe un enrichissement. Qui frappe un enrichissement sans vraiment de valeur, disons, par hasard ou par chance. Donc là, moi, j 'ai une position assez ferme. Pourquoi pas ? Mais on ne peut pas. Alors, il faut qu 'on revoie l 'impôt sur la fortune.

38:04Xavier Oberson:On est d 'accord, mais juste sur l 'évolution, la baisse concomitante des deux, vous n 'avez pas voulu répondre.

38:07Nathalie Fontanet:L 'impôt sur la fortune n 'a pas tant baissé que ça. Si, il a baissé, Marius Brullard peut vous dire. Je ne suis pas sûr. Il n 'a pas baissé tant que ça. Par exemple, il y avait l 'outil de travail, le peuple a refusé à Genève. Le 0 ,35 à 0 ,28, pour être clair. Moi, ce que je pense, c 'est qu 'on ne peut pas, et je dirais que ce n 'est même pas une double imposition, c 'est une triple imposition. Si vous taxez la fortune, vous avez déjà le revenu qui a déjà été imposé, vous avez ensuite la fortune et une troisième fois la succession. Plus l 'impôt sur les bénéfices de la société quadruple. N 'est-ce pas ?

38:36Nathalie Fontanet:Donc, moi je dis, d 'accord avec l 'impôt sur les successions, je pense que c 'est une idée à creuser, mais alors il faut revoir le système fiscal dans son ensemble.

38:44Xavier Oberson:Samuel Bendaron, l 'imposition des successions au niveau fédéral, serpent de mer en Suisse. Vous vous êtes bien placé pour le savoir. Le dernier projet, c 'était les jeunes socialistes, avec ce projet de 50 % de taxation au-delà de 50 millions. Entre nous, personne ne nous regarde. Ils ont un peu saboté le dossier pour les années à venir, non ? Les jeunes socialistes.

39:02Nathalie Fontanet:Je pense qu 'on ne sabote jamais un dossier comme ça. C 'est clair, sur le moment, il y a une décision qui a été prise par le peuple. On a tendance à les respecter en Suisse, ce qui est quand même une bonne chose. On essaie de se battre pour ça. Mais c 'est très important de dire deux ou trois choses là-dessus. D 'abord, le nombre de fois qu 'un patrimoine est imposé ou qu 'un revenu est imposé n 'a aucune importance. C 'est le taux total qui compte. Je préfère être imposé 10 fois 1 % qu 'une fois 40. Et donc, ce qui compte, d 'avoir beaucoup d 'impôts différents, ça a aussi l 'avantage de faire que la charge fiscale va plutôt se répartir sur différentes choses et donc, justement, d 'éviter les incitations dont parlait M.

39:33Nathalie Fontanet:Brulard. Parce que, moi, j 'aimerais quand même dire, M. Brulard, t 'as raison quand il dit que les gens n 'ont pas bougé. Mais ce n 'est pas contradictoire avec ce que vous dites sur la mobilité. Simplement, ce qu 'il dit, c 'est que pour cet impôt-là, vu les petits montants relatifs, les petits montants qui sont au jeu, ça n 'a pas poussé les gens à se bouger. Mais ça ne veut pas dire qu 'il n 'y a pas d 'autre situation fiscale qui peut faire se bouger les gens. J 'aimerais quand même dire au passage quelque chose qui est très important pour moi, même si je sais que c 'est difficile. Moi, je pense que la raison principale pourquoi l 'initiative de la Génénie Socialiste n 'a pas passé, c 'est parce que simplement, avec le taux qui était très élevé, les gens se sont dit, mais au fait, dans ces circonstances-là, les riches ont le pouvoir de ne pas soumettre à cet impôt en partant, et donc ils ne vont pas le respecter, donc on ne va pas faire ça.

40:16Nathalie Fontanet:Et ça, pour moi, ça pose un problème démocratique de dire qu 'on est dans une société aujourd 'hui où, de par leur pouvoir, les riches, de par leur mobilité, ont cette influence de pouvoir dire, moi, contrairement au boulanger du coin, je peux partir, et donc vous ne pouvez pas prendre toutes les décisions que vous voulez. Pour moi, ça pose problème, mais laissons juste ça de côté, parce que je voudrais quand même répondre sur l 'autre question qui est la question de dire... Parce que Mme Fontanet a raison quand elle dit qu 'il faut un impôt raisonnable. C 'est juste qu 'il faut un impôt raisonnable.

40:41Nathalie Fontanet:Aujourd 'hui, ce n 'est pas le cas. C 'est vrai, il est beaucoup trop bas. Et donc, c 'est clair qu 'il faut le rendre raisonnable. Alors, ce n 'est pas ce que j 'ai dit. Raisonnable, oui, mais il fait une interprétation. C 'est une interprétation personnelle du raisonnable, monsieur Bandao. Il doit être raisonnable. Ça veut dire quoi ? Ça veut dire que les gens doivent pouvoir payer en fonction de leurs moyens. Et j 'aimerais juste dire une chose qui est très importante. J 'ai conclu là-dessus sur la fiscalité. Au fait, il n 'y a pas si longtemps que ça, il n 'y a vraiment pas si longtemps que ça, il y a eu un débat sur les prix maladie puis les prix maladie c 'est financé totalement autrement justement qu 'un impôt sur l 'héritage et les gens de la classe moyenne et de la classe moyenne inférieure payent la même chose que les super riches et ça c 'est vraiment une horreur pour les gens puis d 'un autre côté on aurait l 'impôt sur l 'héritage qui serait un impôt ultra juste parce que des gens qui n 'ont rien fait pour mériter leur héritage paieraient un petit quelque chose par rapport à ça alors moi je suis extrêmement ouvert à l 'idée de dire on peut réformer d 'autres impôts, on peut toucher à l 'impôt sur la fortune attention, enregistré je suis extrêmement ouvert à l 'idée de dire on peut regarder globalement le système fiscal mais le résultat c 'est ça que je vais regarder, c 'est pas le nombre d 'impôts qui existe, moi je suis d 'accord sur supprimer des impôts, ce qui compte pour moi à la fin, c 'est de dire on peut supprimer les primes maladies, ou les rendre en fonction du revenu, ce qu 'on va proposer, ce qui compte pour moi, c 'est qu 'on arrive à une société qui est juste et qui fait que les gens qui ont touché un revenu de façon un peu moins légitime soient quand même un peu taxés, en tout cas ceux qu 'on peut là-dessus et que les gens qui aujourd 'hui croulent sous les charges comme les loyers et les primes maladies soient allégés de ça, et il y a il y a un transfert qui peut se faire aujourd 'hui et je sens autour de cette table que tout le monde est d 'accord avec cette logique-là et donc je pense que des solutions sont possibles, ce ne sera peut -être pas celle que la jeunesse socialiste reposait mais il y en a.

42:15Nathalie Fontanet:Si on parle de justice, alors l 'initiative des jeunesse socialiste, elle avait un problème moi je prétends qu 'elle était même inconstitutionnelle je t 'en rappelais à un charme-là et puis il nous l 'a dit en creux, il n 'était pas fallu parce que le problème vous dites, c 'est parce que les riches pouvaient l 'éviter, non, le problème n 'était pas là le problème c 'est pourquoi est-ce que jusqu 'à 50 millions on ne paye rien et à partir de 50 millions, on paye 50%. Ne revenons pas à la campagne, Xavier Oguarçon. Là, il y a un problème de structure. Mais ce n 'est pas parce que les riches ne pouvaient pas la payer.

42:42Nathalie Fontanet:Alors, cette réforme fiscale,

42:44Xavier Oberson:cette vaste réforme fiscale sur laquelle tout le monde commence à entrer en matière, elle est en train de prendre forme ici, en direct, quasiment sous vos yeux, dans l 'infrarouge. Marius Brulaf, pourquoi tous les économistes sont fans de l 'imposition des successions, mais aucun n 'arrive à se faire entendre ?

43:00Samuel Bendahan:Excellente question. et c 'est un mystère pour moi et mes collègues économistes et ça montre que l 'économie c 'est pas tout la psychologie humaine elle est plus que juste les aspects matériels de la vie et l 'impôt sur les successions ça se heurte à quelque chose qui touche un air chez beaucoup de gens une aversion c 'est lié à l 'intimité familiale, c 'est lié à la mort c 'est lié au deuil, c 'est lié il y a des choses qui ont des connotations très négatives qui dépassent l 'analyse économique et qui font que tout le monde qui propose ce genre d 'impôts, je le vois dans ma famille, les gens non économistes à qui je parle, parfois ils me hurlent.

43:46Samuel Bendahan:Et je comprends, il y a un sentiment spontané qui n 'est pas quelque chose à quoi on veut réfléchir, ce n 'est pas quelque chose qui fait envie. Oui, mais l 'analyse sobre économique, elle est quand même telle que dire que ça devrait faire partie d 'un système fiscal équilibré, d 'aussi ponctionner de façon modérée les héritages.

44:12Nathalie Fontanet:J 'agisais un tout petit truc, mais un truc qui est important. J 'avais fait une proposition, qui n 'était pas de moi au fait, mais j 'ai découvert plus tard, qui proposait de dire, on fait un impôt sur l 'héritage, mais pas sur le premier héritage que vous donnez. Donc vous gagnez l 'argent dans votre vie, vous pouvez le transférer sans imposition la première fois. Par contre, celui qui hérite de l 'argent, quand il le retransmet parce qu 'il n 'a pas dépensé, ça, il doit... Ça, c 'est imposé parce que là, c 'est plus lui qui est... Apparemment, c 'est une idée qui... C 'est Mme Plouvier, dont vous avez parlé tout à l 'heure, qui m 'a dit qu 'en fait, c 'est une idée qui date déjà du 19e siècle.

44:43Nathalie Fontanet:Je n 'étais pas si innovateur que je croyais. Et malheureusement, il a échoué au Parlement. C 'était un contre-projet que j 'avais proposé à l 'initiative Virginie Socialiste et malheureusement qui a été refusé par le Parlement. mais ça aurait permis à des gens qui gagnent leur argent de faire ce qu 'ils veulent de leur argent mais en disant aussi si tu hérites de l 'argent bon bah maintenant cet argent là tu peux en faire ce que tu veux aussi mais si toi encore tu le retransmets là on taxe parce que c 'est pas tellement juste de laisser cette fortune rester en régénération Il nous reste 3 minutes

45:08Xavier Oberson:J 'aimerais juste encore entendre Nathalie Fontanet puisque juste sur ce consensus extraordinaire tout le monde nous dit oui c 'est vrai la fortune c 'est pas génial c 'est pas l 'impôt le plus logique C 'est vrai, on pourrait le remplacer par un impôt sur les successions, moyennant l 'objection que vous faisiez sur la prévisibilité, qu 'on pourrait objecter d 'ailleurs pour quantité d 'autres impôts, par exemple les bénéfices des sociétés de négoce, qui ne sont pas tout à fait chaque année prévisibles, de toute évidence. C 'est une pique ? Non, ce n 'est pas une pique, c 'était un exemple comme un autre.

45:37Xavier Oberson:Qu 'est-ce qu 'on attend, Nathalie Fontanet ? Si tout le monde est d 'accord, et si c 'est des prérogatives cantonales ? Vous pouvez ramener à zéro l 'impôt sur la fortune et imposer les successions en ligne directe ?

45:45Marius Brülhart:Oui. Alors, évidemment qu 'on pourrait le faire. Aujourd 'hui, je n 'ai pas de simulation qui me permette de dire de quelle façon ça permettrait de compenser. Il va vous le faire, Xavier Verso. Je crois que c 'est plutôt les économistes de l 'administration fiscale qui vont pouvoir le faire. On a une problématique, c 'est qu 'à un moment donné, soit on parle d 'un impôt sur les successions en ligne directe qui devient un impôt fédéral. Et là, on remet en question l 'autonomie des cantons qui aujourd 'hui imposent tous de façon différente, que ce soit l 'impôt sur la fortune, qu 'il faudrait cas échéant supprimer, qui imposent tous de façon différente.

46:26Marius Brülhart:Ça a été relevé aussi. L 'imposition en ligne directe, très peu l 'impose, mais l 'imposition en ligne non directe, elle est imposée de façon différente. Et la Genève impose beaucoup. Donc c 'est une grosse réforme qui devrait se réfléchir au niveau d 'un pays. Parce que sinon, on aurait aussi le risque de départ. Non, moi je réponds à votre invitation. Oui, oui, je pose la question. Aujourd 'hui, j 'ai une très très grosse réforme qui m 'attend, c 'est la réforme liée à l 'imposition individuelle. Maintenant, j 'entends souvent cette demande de contribuables aussi, qui disent, mais réduisez-nous de beaucoup, supprimez-nous l 'impôt sur la fortune, et mettez une imposition raisonnable sur les successions.

47:07Marius Brülhart:Dans ce contexte-là, et sous réserve, qu 'on arrive à maintenir un certain équilibre, oui, moi je suis prête à l 'examiner

47:15Xavier Oberson:avec une suppression

47:16Marius Brülhart:de l 'impôt sur la fortune.

47:17Xavier Oberson:C 'est ça, réponse en un chiffre, Marius Brulhardt, sur une échelle de 1 à 10, combien y a-t-il de chance que le sujet de l 'imposition des successions revienne sur la table politique dans les 10 prochaines années ? 10. 10. Ah voilà, il me semblait bien. En fait on va hériter de la mort au projet de la Yousse. Merci à tous les merci mille fois à tous les quatre, émission passionnante et effectivement on n 'a pas fini d 'en parler de cette réforme à venir. C 'est vrai que ça passe tellement vite. C 'est déjà fini Je suis désolé, Xavier, c 'est affreux. 48 minutes, c 'est passé comme ça. J 'arrive pas à y croire, ouais.

47:46Xavier Oberson:On se retrouve la semaine prochaine. Vous pouvez revenir, si vous voulez. On se retrouve la semaine prochaine. On verra de quoi on parle. Un nouveau débat d 'actualité. Excellente soirée pour l 'instant sur la RTS ou ailleurs. Bye bye. Merci.

48:12Sous-titrage ST' 501

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C’est un pactole gigantesque qui passe sous les radars et qui ne cesse de grandir ! Le patrimoine transmissible en Suisse atteint désormais 3600 milliards de francs, une somme qui a plus que doublé ces 25 dernières années. C’est donc une vague de successions colossale qui va déferler ces prochaines années. Invités Marius Brülhart, professeur d’économie HEC, Lausanne Nathalie Fontanet, conseillère d’État GE chargée du Département des Finances Xavier Oberson, avocat fiscaliste Samuel Bendahan, Chef du groupe socialiste, conseiller national VD

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