La Suisse va-t-elle manquer d'eau ?

9 Sep 2026 · 48 min · 23 chapters

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In short

La Suisse, “château d’eau de l’Europe”, risque-t-elle de manquer d’eau? L’épisode traite surtout de la sécheresse liée aux canicules, de la vulnérabilité hydrologique, et de la nécessité d’une stratégie nationale de gestion (mesure, priorités d’usage, infrastructures, coordination).

Guests (backgrounds)

Céline Weber, vice-présidente du PVL/Verts libéraux Suisse, conseillère nationale vaudoise; Mande Fred Buller, président de l’UDC bernoise, conseiller national, ancien maire de Cortebert; Bettina Schaeffly, professeure d’hydrologie à l’Université de Berne, présidente de la Commission suisse d’hydrologie; Christian Bretot, professeur associé en gouvernance de l’eau à l’Université de Genève, co-directeur de la chaire UNESCO d’hydropolitique.

Key claims

La Suisse ne manquera pas “en volume” mais souffre de répartition, qualité et hétérogénéité locale; la gestion doit arbitrer multi-usages (irrigation, hydroélectricité, refroidissement, etc.); angle mort: quantifier et prioriser les usages et mieux cartographier ressources/consommations; la Confédération doit coordonner sans centraliser à outrance.

Notable examples

restrictions d’arrosage et “bétail abreuvé par hélicoptère”; Rhin historiquement bas et tensions transfrontalières; chiffres: consommation ~2 km3/an vs précipitations ~60 km3; eau “turbinée” plusieurs fois avant de quitter la Suisse; besoin de mieux mesurer agriculture/industrie et l’eau souterraine; programmes d’adduction pour alpages (réactivables).

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Chapters

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Introduction to Switzerland's Water Issues

0:00 to 1:08

The episode begins by discussing Switzerland's reputation for abundance of water and the emerging concerns about water scarcity amidst climate change.

“En Suisse, on ne manquera jamais d 'eau.”

Understanding the Current Water Crisis

1:44 to 2:15

The hosts highlight the current political and environmental situation regarding water resources in Switzerland.

“Bonsoir à tous, ravis de vous retrouver en direct sur le plateau d 'Infrarouge comme tous les mercredis soirs à 20h10.”

Introducing the Experts

2:15 to 2:56

The guests are introduced, bringing expertise in hydrology, governance, and environmental policy to the discussion.

“Deux experts et deux politiques ce soir pour y voir clair.”

Understanding Water Management Challenges

2:56 to 4:50

Guests discuss the complexities and challenges of water management in Switzerland, emphasizing the importance of governance and awareness.

“et présidente de la Commission suisse d 'hydrologie.”

Political Response to Water Shortages

4:50 to 7:10

The discussion shifts to the political response regarding water management, highlighting varying perspectives on federal versus local governance.

“Donc, en parler, le mettre, le visibiliser sur votre antenne notamment, c 'est essentiel aujourd 'hui, surtout dans les conditions hydrologiques que l 'on peut observer.”

The Importance of Proactive Water Policies

7:10 to 9:36

Guests stress the need for proactive policies and infrastructure investments to address the ongoing and future water challenges in Switzerland.

“Montefret Buller, c 'est nouveau cet intérêt de la politique, y compris et surtout fédéral, marqué au point d 'en faire une session extraordinaire sur l 'eau.”

Public Understanding of Water Issues

9:36 to 11:30

The importance of educating the public about water resources and management is discussed, emphasizing misconceptions about water usage.

“Pour éviter de courir après le train quand il sera trop tard.”

Comparative Analysis of Water Consumption

11:30 to 14:00

Experts provide a comparative analysis of water consumption in Switzerland, highlighting the significant precipitation versus consumption ratio.

“Alors là, on aborde plusieurs questions en même temps.”

Understanding Water Consumption in Switzerland

14:00 to 15:00

Learn about Switzerland's water consumption compared to its precipitation levels.

“Ces petits cubes, il faut imaginer qu 'ils font 1 km de côté.”

The Challenge of Water Retention

15:00 to 16:00

Explore the complexities and challenges of retaining water in Switzerland.

“Évidemment, la situation dans le Jura, avec une situation karstique, n 'est pas du tout la même que si vous habitez sur le pourtour du lac Léman avec un réservoir de 89 milliards de mètres cubes à disposition.”
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Glacier Melting and Its Impact

16:00 to 17:20

Discover how glacier melting affects river flow in Switzerland.

“Parce qu 'en fait, s 'il n 'y a plus de glaciers, c 'est là qu 'il faut s 'attendre.”

Anthropogenic Water Cycles in Switzerland

17:20 to 19:30

Discuss the anthropogenic influences on water cycles and infrastructure.

“J 'aime bien dire qu 'on a un cycle d 'eau complètement anthropogène en Suisse, il n 'y a plus qu 'en chose de naturel, mais c 'est qu 'on régule tout.”

The Political Aspects of Water Management

19:30 to 21:00

Gain insights into the political significance of water management in Switzerland.

“Mais ça tord quand même une idée reçue, ces différences entre prélèvement et consommation.”

Urgency of Water Data Documentation

21:00 to 23:20

Understand the need for better documentation of water usage and reserves.

“C 'est effectivement une très bonne nouvelle.”

Governance and Future of Water Management

23:20 to 28:00

Explore current governance issues and future strategies for water management in Switzerland.

“Alors, on a vu tout à l 'heure, la consommation d 'eau en Suisse, c 'est 2 km3.”

État de la gestion de l'eau en Suisse

28:00 to 30:00

Discussion on Switzerland's current water management and agricultural usage.

“Juste qu 'on comprenne bien, comment ça se fait, mon frère Bulaire, qu 'on ne sache pas quelle quantité d 'eau l 'agriculture utilise en Suisse ?”

Stratégie nationale de l'eau

30:00 to 33:20

Céline Weber discusses the national water strategy and the need for monitoring.

“nécessité de braule-bas de combat, il y a, on va voir peut -être.”

Problèmes d'infrastructure et de gaspillage

33:20 to 36:40

Discussion on water infrastructure issues and the importance of addressing waste.

“Alors soyons très clairs, je suis très attachée au fédéralisme et ça a été dit tout à l 'heure par M.”

Réflexion sur la gestion intégrée de l'eau

36:40 to 40:00

Talk about the need for a holistic approach to water management.

“On ne demande pas forcément des nouvelles lois, absolument pas.”

Infrastructures de stockage et barrages

40:00 to 42:01

Discussion on the potential for building new water storage infrastructures and their implications.

“Je voulais juste revenir là-dessus parce qu 'en fait, justement, moi, quand je faisais mes études de génie rural, donc c 'était vraiment la gestion de l 'eau, c 'était au cœur de ma formation.”

Gestion de l'eau et enjeux de stockage

42:01 to 43:52

Explore les défis liés à la gestion de l'eau en Suisse et les solutions proposées pour le stockage.

“Mais c 'est quelque chose qu 'il faut évidemment garder à l 'œil parce que si ce genre de conflit devait arriver, la Confédération devra jouer l 'arbitre.”

Utilisation des glaciers et sécurité

43:53 to 45:18

Discute de l'utilisation des glaciers fondants pour créer des lacs de rétention et de leur rôle dans la sécurité.

“On ne peut pas faire des bis au niveau national qui amèneraient cette surabondance d 'eau là où on en a besoin ailleurs.”

Relations géopolitiques autour de l'eau

45:19 to 47:00

Analyse les relations entre la Suisse et ses voisins concernant les ressources en eau et les accords internationaux.

“vous avez des masses entières de glace qui cèdent, je n 'ai pas besoin de vous expliquer ce que ça a donné.”
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Transcript

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0:04En Suisse, on ne manquera jamais d 'eau. La Suisse est considérée comme le château d 'eau de l 'Europe.

0:20La sécheresse prend une tournure politique. Plusieurs partis réclament une stratégie nationale pour préserver les ressources en eau. Le château d 'eau de l 'Europe, la Suisse, s 'est découverte vulnérable sous la canicule. Bétail abreuvé par hélicoptère, interdiction de l 'arrosage automatique des jardins et des pelouses, perte massive des récoltes, friction avec la France, l 'Italie pour le partage transfrontalier de l 'eau, le Rhin, historiquement bas, et bien sûr les réserves d 'eau qui se tarissent avec la fonte des glaciers. Au pays de la neige, des lacs, en Suisse, berceaux des grands fleuves d 'Europe, cette précieuse ressource va-t-elle un jour venir à manquer ?

1:07Avec les épisodes de canicule qu 'on nous annonce de plus en plus fréquents, plusieurs formations politiques, vers libéraux en tête, réclament un plan global de gestion de l 'eau pour ne plus se laisser surprendre. Comment utiliser cette eau ? Quelles priorités pour quels usages ? Irra-t-on un jour jusqu 'au Au rationnement, faut-il s 'inquiéter pour le château d 'eau de l 'Europe ?

1:37Il est enfin tombé quelques gouttes de pluie aujourd 'hui sur cette Suisse désespérément trop sèche depuis le début de l 'été. Bonsoir à tous, ravis de vous retrouver en direct sur le plateau d 'Infrarouge comme tous les mercredis soirs à 20h10. Quelques gouttes de pluie aujourd 'hui donc, mais des gouttes qui pèsent bien peu face à l 'ampleur de la sécheresse que la Suisse. et ses paysans, en première ligne, ont connu depuis le mois de mai. Ce qui n 'avait jamais vraiment été un grand sujet en Suisse est en train d 'en devenir un très très vite. La Suisse va-t-elle manquer d 'eau ? Ou s 'agit-il plutôt d 'apprendre, de mieux apprendre à gérer cette ressource dont la disponibilité, de toute évidence, ne va plus de soi partout et en tout temps ?

2:15Deux experts et deux politiques ce soir pour y voir clair. Céline Weber, bonsoir. Bonsoir. Merci d 'être avec nous. vice-président du PVL, les Verts libéraux Suisse, conseillère nationale vaudoise vous demandez, on vient de l 'entendre avec votre parti une stratégie nationale de l 'eau, vous nous expliquez ce que vous entendez par là Mande Fred Buller, bonsoir président de l 'UDC bernoise conseiller national sous ses couleurs, ancien maire de Cortebert, ça compte puisque vous avez distribué de l 'eau vous vous méfiez avec votre parti des solutions trop étatistes et peut -être des solutions aux allures d 'usine à gaz aussi, c 'est en général Trop centraliste.

2:51Trop centraliste, on va le dire. Betty Lachefli, merci mille fois d 'être avec nous. Professeur d 'hydrologie à l 'Université de Berne et présidente de la Commission suisse d 'hydrologie. Vous êtes un peu Madame O. On a Monsieur Pry et Madame O. Madame O, c 'est vous. Et enfin, Christian Bretot, merci mille fois d 'être avec nous. Professeur associé en gouvernance de l 'eau à l 'Université de Genève. Co-directeur de la chaire UNESCO d 'Hydropolitique. L 'eau et la politique. Un tandem appelé à se fréquenter probablement de plus en plus dans ce monde qui se réchauffe. Alors la Suisse va tellement qu 'il y a d 'eau.

3:21Bienvenue dans La Parole. Bettina Sheffley, on a appris pas mal de choses cet été. Nous, les Suisses, comme ça, éberlués par ce qui nous était arrivé. D 'abord, on a appris qu 'on devrait vivre avec des canicules, probablement fréquemment ou assez souvent dans les années, les décennies à venir. Et puis, on a aussi découvert qu 'en Suisse, même en Suisse, l 'eau ne coule plus nécessairement de source partout et tout le temps. C 'est un peu nouveau, ça. Alors, ce n 'est pas tout à fait nouveau. Pas pour vous, mais pour nous. Je pense que la grande majesté se souvient de l 'été 2003, qui était vraiment très similaire.

3:53Les rivières étaient, la plupart étaient vraiment à sec, comme maintenant. Mais c 'est vrai que c 'est la découverte, dans le sens qu 'on se rend compte, les glaciers sont en train de fondre, la terre se réchauffe, et puis surtout, il a fait très, très chaud, donc ce n 'était pas confortable. Donc c 'est vraiment à cause de ça qu 'on s 'est rendu compte que ce n 'est pas juste un moment passager, mais que c 'est vraiment une situation nouvelle. Et puis forcément, on a vu toutes ces images, c 'est beaucoup plus présent qu 'il y a 20 ans, ça, il n 'y a aucun doute. Christian Bretto, est-ce qu 'on va parler, on va faire les émissions en deux temps.

4:28D 'abord, on va faire un peu de didactique, de pédagogie, essayer de bien comprendre cette chose bizarre qu 'est l 'eau, qui ne ressource pas comme les autres. C 'est la première partie. Puis la deuxième partie, on va parler de la gouvernance de l 'eau, la politique de l 'eau. Est-ce que les Suisses qui découvrent la thématique de l 'eau ne découvrent pas aussi que ce sujet-là, la gouvernance, la gestion de l 'eau d 'abord, la gouvernance de l 'eau, la géopolitique de l 'eau, ça les concerne aussi les Suisses, ce n 'est pas qu 'un truc pour les déserts lointains. Oui, tout à fait, vous l 'avez très bien dit dans votre introduction, l 'eau a souvent été sous-représentée dans le débat public, ce qui est un grand enjeu, parce que l 'eau, on parle d 'infrastructures massives qui sont invisibles, on parle d 'enjeux considérables, l 'eau est un droit humain fondamental, et on parle aussi de soutien au fonctionnement de l 'ensemble de nos écosystèmes.

5:06Donc, en parler, le mettre, le visibiliser sur votre antenne notamment, c 'est essentiel aujourd 'hui, surtout dans les conditions hydrologiques que l 'on peut observer. Ça y est, c 'est le moment de gloire des spécialistes de l 'eau qui ont été oubliés pendant trop d 'années dans ce pays. Je vois Béthina Cheffly qui dit oui, oui, c 'est ça. Céline Weber, ça devient un sujet politique aussi, au point que quand on nous convoque une session extraordinaire du Parlement sur l 'eau le 30 septembre, ça aussi c 'est nouveau. Alors disons, ce qui est nouveau, ce n 'est pas tant de convoquer une session extraordinaire.

5:38C 'est un peu la mode maintenant. Dès qu 'on a un gros problème, on a une session extraordinaire. Je ne suis pas sûr qu 'on règle chaque fois le problème. Il y a des sessions extraordinaires sur l 'asile à chaque session parlementaire de Berne. Il y en a d 'autres qui le font plutôt sur l 'environnement. Effectivement, nous, on a décidé cette fois-ci d 'axer sur l 'eau, mais pas uniquement parce qu 'on pense que c 'est à la mode et qu 'il faut en parler. Typiquement, pour ma part, ça fait des années que je dépose des interpellations d 'émotions sur l 'eau à Berne. Et on sent qu 'au niveau du Conseil fédéral, pour l 'instant, c 'est quand même toujours traité un petit peu à la légère, j 'ai envie de dire.

6:13Et je rejoins Mme Schaeffly quand elle dit le fait qu 'on puisse manquer d 'eau n 'est pas nouveau. Effectivement, on connaît tous, on a tous connu par le passé des interdictions d 'arroser les jardins, de laver les voitures et ce genre de choses. Mais ça restait, j 'ai envie de dire, cantonné sur des choses qui sont finalement pas dramatiques. Je sais que pour certains, s 'ils n 'ont pas une voiture propre, c 'est une catastrophe. Mais voilà, on peut vivre avec. alors que ce qu 'on a vu cet été typiquement avec le Rhin qui était tellement bas qu 'on a même eu des problèmes d 'approvisionnement de biens essentiels pour la Suisse le Doubs qui n 'avait même plus d 'eau du tout ça on commence à le voir année après année ça commence vraiment à devenir trop important et vous l 'avez dit dans votre sujet au début l 'eau c 'est un bien essentiel c 'est pas seulement une question économique c 'est tout simplement une question de vie ou de survie pour l 'être humain et c 'est pour ça que pour nous c 'est plus acceptable qu 'on remette toujours au calende grec l 'eau au niveau politique.

7:10Montefret Buller, c 'est nouveau cet intérêt de la politique, y compris et surtout fédéral, marqué au point d 'en faire une session extraordinaire sur l 'eau. C 'est nouveau et c 'est une mauvaise idée. Vous allez nous dire, vous qui voyez, j 'imagine, ces interventions de haut, vue de berne d 'un œil circonspect. Alors, je dirais que ce n 'est pas forcément une bonne idée de vouloir utiliser l 'année 2026, qui est, je l 'espère, un événement qui ne sera pas appelé à se répéter chaque année dans les 30 ans ou 50 ans à venir. Ce ne sera clairement pas le cas. Mais pour finalement utiliser 2026 pour centraliser davantage de compétences à la Confédération.

7:44On a un article 76 de la Constitution fédérale qui règle grandement la répartition des tâches entre la Confédération et les cantons par rapport à l 'eau. Et les cantons ont l 'essentiel des compétences, mais la Confédération a des compétences importantes en matière de protection des eaux. Elle fixe les grandes lignes. Et à mon avis, ce système est très, très bien parce qu 'il permet ensuite à chaque canton de répondre localement aux besoins qui se manifestent. Et c 'est au canton de prendre leurs responsabilités. Et quand vous me dites non, la politique ne parle pas assez de l 'eau, je ne suis pas d 'accord.

8:13J 'ai été élu communal de longues années, élu cantonal aussi. On parle énormément de l 'eau au niveau cantonal, au niveau communal. Beaucoup de lois ont été faites. On a fait énormément de progrès dans la qualité de l 'approvisionnement en eau, dans les interconnexions entre les communes pour approvisionner, etc. Tout ça, c 'est de la législation qui a été produite ces 20-30 dernières années. Et on a énormément parlé de l 'eau, mais effectivement un peu moins au niveau fédéral, ce qui n 'est pas un mal. Vous êtes quand même pas mal de gens qui nous regardent, qui se disent, attendez, mon frère de Buller est en train de me dire que tout va bien depuis 30 ans.

8:41Moi, j 'ai vécu une sécheresse dans mon jardin ou dans mon champ cet été. Donc, tout ne va pas forcément pour le mieux aujourd 'hui dans le mieux Rd. Monde, Christian Berteau. Oui, si je peux intervenir, il y a quand même un élément qui a été amené, je crois, par Bettina Cheffier-Fleur du démission. C 'est -à-dire que ce n 'est pas seulement un épisode de sécheresse qui a surpris tout le monde, mais c 'est aussi la répétition de ces épisodes de sécheresse dans les dernières années. Donc, je crois que dire que c 'est juste un événement, ça va passer. Je crois qu 'au contraire... Je l 'ai dit, j 'espère que ce ne sera pas chaque année la même chose.

9:06Exactement. Je crois qu 'au contraire, il est statistiquement qu 'on a une répétition de ces épisodes qui sont passablement importants et que les modélisations climatiques montrent que l 'on va vers des épisodes de plus en plus récurrents. La Suisse a la chance d 'avoir quand même des disponibilités en eau relativement importantes par rapport à d 'autres régions du monde. L 'idée est surtout de profiter de cette disponibilité pour anticiper les gros problèmes et pour pouvoir agir d 'ores à déjà, pour essayer d 'intervenir, de construire des politiques publiques, de faire des investissements dans les infrastructures permettant justement plus de capacités d 'adaptation et de résilience sur le moyen long terme.

9:36Pour éviter de courir après le train quand il sera trop tard. Céline Weber, puis ensuite j 'enchaîne. J 'aimerais peut -être juste rebondir sur ce qu 'a dit M. Bulaire. Effectivement, au niveau de la Constitution, on parle déjà de l 'eau, et il y a aussi, au niveau de la législation fédérale, il y a la loi sur l 'eau, il y a la loi sur la pêche, il y a déjà un certain nombre de lois, ça je suis complètement d 'accord. Et je ne dis pas qu 'il faut à tout prix forcément faire des nouvelles lois, mais ce qu 'on dit au Parti vert libéral, c 'est qu 'on a un cadre législatif, mais maintenant il faut mettre une photo dans ce cadre, parce que sinon ça sert à rien.

10:03Alors, on va parler de tout ça Céline Weber, vous faites bien, je sais pas, c 'est votre cheval de bataille, vous êtes d 'accord, on la garde un petit peu pour la deuxième partie de l 'émission, le plan d 'action, qu 'est-ce qu 'on fait au niveau fédéral ou pas, c 'est très important. J 'aimerais d 'abord qu 'on torde le coup peut -être à quelques idées reçues, qu 'on comprenne un certain nombre de choses sur l 'eau. On a entendu beaucoup de choses, beaucoup de choses parfois contradictoires cet été. On a des experts de l 'eau, je vais en profiter pour vous en poser, vous en faites partie aussi, je vous rassure, un certain nombre de questions.

10:25Bettina Sheffley, d 'abord le titre de cette émission, la Suisse va-t-elle manquer d 'eau ? Est-ce que la Suisse peut manquer d 'eau ? Est-ce que le problème doit être formulé sous cette forme ? Alors la Suisse, en tant que pays, ne va jamais manquer d 'eau, on peut vraiment dire ça aujourd 'hui, parce que grâce à nos montagnes, il pleut tellement que par rapport à l 'Europe qui nous entoure, on a vraiment beaucoup plus d 'eau. Mais justement, comme je le répète, ça ne sert à rien de savoir qu 'il y a de l 'eau quelque part au Valais si j 'essaie de cultiver des salades dans la broie. Et que je n 'ai pas d 'eau.

11:00Et donc, la Suisse a globalement assez d 'eau et cette eau d 'ailleurs est déjà naturellement stockée dans l 'eau souterraine, dans nos grands lacs. Mais la question, c 'est la répartition et comment assurer qu 'elles soient disponibles au bon moment, au bon endroit et surtout à la bonne qualité. Parce que ce qui était compliqué pour les gens parfois de comprendre, c 'est que certains avaient les restrictions d 'arrosage ou le remplissage de piscine par exemple et puis d 'autres lavaient leurs voitures à grandes eaux dans d 'autres régions où elles n 'ont même pas vu passer la sécheresse. Donc c 'est un problème de gestion, de lissage plus qu 'un problème de volume strict.

11:31Alors là, on aborde plusieurs questions en même temps. D 'un côté, le problème que vous venez d 'évoquer, c 'est justement parce que chaque canton décide. Donc là, on voit déjà la limite du canton qui dessine, mais c 'est surtout aussi parce que la nature est tellement différente d 'un endroit à l 'autre. Et d 'ailleurs, on peut l 'observer, on peut voir deux arbres de la même espèce, un à côté de l 'autre. Il y en a un qui va bien et l 'autre est en train de mourir. Et ça, ça nous montre que dans le sous-sol, c 'est tellement hétérogène, comme on dit, donc tellement variable d 'un point d 'eau à l 'autre, que c 'est la même chose pour les communes.

12:02Il y a des communes dont les sources donnent de l 'eau tout l 'été, même en été 2026. et d 'autres communes, déjà, au mois de juin, ils vont manquer d 'eau. C 'est ça. Et donc, gérer cette hétérogénéité à l 'échelle de la Suisse est un réel défi pour nous. Est-ce qu 'une des composantes du défi, Céline Weber, c 'est pas que... Enfin, j 'ai une impression, mais peut -être allez-vous la démentir, que l 'eau, le sujet, le fonctionnement du cycle de l 'eau est très, très mal compris, mal connu par le grand public, par les gens, par les journalistes, peut -être pas par vous, mais aussi par la Suisse dans son ensemble.

12:37la Suisse qui, on le verra tout à l 'heure, ne sait pas exactement combien d 'eau elle consomme, ne sait pas combien elle en disperse dans les champs. Les gens ne se rendent pas compte que la quantité d 'eau est plutôt une constante à l 'échelle de la planète. Toutes ces choses-là, c 'est des choses dont on a l 'impression qu 'il y a un travail d 'alphabétisation à faire sur l 'eau. C 'est vrai que jusqu 'à présent, on ne s 'est jamais posé la question parce qu 'on avait toujours suffisamment d 'eau, quel que soit l 'usage qu 'on voulait en faire. Que ce soit pour turbiner l 'eau, pour faire de l 'électricité, que ce soit pour irriguer les champs.

13:07ou pour laver sa voiture, on a toujours eu suffisamment d 'eau. Donc effectivement, les gens n 'avaient pas à se poser la question de savoir comment fonctionne le cycle de l 'eau. Ce qu 'on constate maintenant, c 'est que de plus en plus, on va aller vers un multi-usage de l 'eau, c 'est -à-dire qu 'une même goutte d 'eau va peut -être d 'abord être turbinée et puis servir comme eau d 'irrigation. Dans ce cas-là, il va falloir commencer à faire des arbitrages. Dans quel cas est-ce qu 'on turbine ? Dans quel cas est-ce qu 'on irrigue un champ ? Et toutes ces questions-là, on va de plus en plus devoir se les poser, effectivement.

13:38Christian Bretot, le sujet le plus médiatisé sur l 'eau en Suisse, c 'est évidemment la fonte des glaciers, on en parle partout, à juste titre, ces glaciers qui sont des emblèmes et qui disparaissent, c 'est un fait, les uns après les autres. Mais quand on regarde les volumes, les ordres de grandeur du même dossier, peut -être que ça change un tout petit peu la donne. On a pris quelques volumes. D 'abord, l 'eau qu 'on consomme, estimation en Suisse, 2 km3. Ces petits cubes, il faut imaginer qu 'ils font 1 km de côté. 2 km3, ça fait 2 milliards de mètres cubes d 'eau. C 'est ce que toute la Suisse, les gens, les industries, l 'agriculture, etc., consomment en eau.

14:10La fonte des glaciers, j 'en crois les chiffres de Bettina Sheffley, dans une année exceptionnelle, ou pas, mais en tout cas très chaude, comme 2026, c 'est 2 ,4 km3, donc c 'est à peu près comparable. Ils font à peu près ce qu 'on consomme. En revanche, quand on rapporte ça à ce qu 'il pleut, la pluie, c 'est 60 km3 de précipitation, 60 km3. Le lac Léman, c 'est encore plus. Le Léman, pardon, c 'est 89 kilomètres cubes. C 'est difficile à être représenté. D 'eau, qui avait conscience, honnêtement, parmi les gens qui nous regardent, ce n 'est en tout cas pas mon cas, qu 'il pleut 30 fois plus d 'eau sur la Suisse que nous en consommons.

14:50Effectivement, c 'est un pays qui est très bien doté en termes de précipitation. Après, le fait d 'être très bien doté en précipitation n 'empêche pas que, du point de vue contextuel, localisé, on puisse avoir des enjeux de pénurie. Évidemment, la situation dans le Jura, avec une situation karstique, n 'est pas du tout la même que si vous habitez sur le pourtour du lac Léman avec un réservoir de 89 milliards de mètres cubes à disposition. Il y a un chiffre qu 'on n 'a pas montré, c 'est l 'eau qui file, l 'eau qu 'on laisse partir à l 'étranger. Dans Rhône, dans le Rhin, dans l 'Inde, qui se jette dans le Danube, 53 kilomètres cubes.

15:18C 'est énorme, c 'est à peu près tout ce qui pleut, ou pas loin. On laisse filer à l 'étranger, pardon, c 'est une question de Béossien, mais on ne pourrait pas en garder un petit peu de cette eau pour nous ? Alors, laisser filer, c 'est surtout ne pas pouvoir retenir, quelque part. C 'est -à-dire que si on retient l 'eau, on a d 'autres problèmes qui peuvent se poser. Du part, physiquement, c 'est quasiment impossible à faire. D 'autre part, vous avez des choses de sécurité des rives, sécurité des personnes qui peuvent se poser également. On n 'est pas un château, on a une fuite d 'eau, en fait.

15:40La Suisse, c 'est une gigantesque fuite d 'eau. On a un réservoir d 'eau pour l 'Europe. Il faut le voir comme un réservoir d 'eau à l 'échelle nationale. Bettina Sheffley, à propos de fuite d 'eau, autre question toute bête que je me suis posée, c 'est vous dire si elle est bête. les glaciers fondent la vitesse grand V et le Rhin est au niveau le plus bas je me suis dit comment c 'est possible que la glace qui fond comme jamais ne remplisse pas un fleuve expliquez-moi alors il faut comprendre que le Rhin, il y a une partie qui vient de l 'Obeland-Bernois où il y a encore des grands glaciers comme au Valais et puis une grande partie vient du reste de la Suisse et une partie vient de l 'Allemagne et donc c 'est justement l 'exemple que le Rhin nous montrait où est-ce que le Rhône pourrait aller.

16:24Parce qu 'en fait, s 'il n 'y a plus de glaciers, c 'est là qu 'il faut s 'attendre. Le Rhin est un futur Rhône, c 'est ce que vous nous dites ? Disons, il a encore des petits glaciers, mais par rapport au Rhône à l 'amant du Léman, il y a beaucoup moins de glaciers. Et donc, c 'est ce qu 'on a vu cet été. Donc, les quelques rivières qui ont vraiment encore beaucoup de glaciers, donc on parle de 20, 30, 50 %, mais ces rivières-là ont même plus d 'eau qu 'un été moyen. et puis les rivières où les glaciers ont disparu ils montent la sécheresse de l 'été comme les rivières en pleine et c 'est bien pour ça que le lac de Constance monte maintenant ces images spectaculaires où on va les rives à des kilomètres Elle va où l 'eau des glaciers quand elles font ?

17:08Elle va dans nos rivières et puis justement dans le Valais l 'eau va dans le Léman le Léman est régulé donc nous avons en fait quand même un moyen de réguler le cycle de l 'eau. J 'aime bien dire qu 'on a un cycle d 'eau complètement anthropogène en Suisse, il n 'y a plus qu 'en chose de naturel, mais c 'est qu 'on régule tout. Justement, il y a des gouttes d 'eau en Suisse qui sont turbinées jusqu 'à 30 fois jusqu 'à ce qu 'ils quittent la Suisse à Bâle. 30 fois, ils passent à travers, donc une fois d 'abord au barrage d 'altitude et puis ça finit au fil de l 'eau vers bois. On est en moyenne 12 fois, donc ça il faut se rendre compte quand même.

17:42En moyenne, une eau qui est turbinée, elle est turbinée jusqu 'à 12 fois en Suisse. Et donc, en fait, on a déjà tellement d 'infrastructures pour retenir notre eau. Je pense qu 'il sera difficile d 'en faire plus. Surtout aussi parce que la nature nous a offert des grands lacs. Des belles infrastructures. Et des grands lacs. Et dans le Rhin, on a cinq lacs quand même qui stockent l 'eau avant qu 'elle quitte la Suisse à Bâle. Christian Bretto, parmi les particularités de cette ressource un peu bizarre, parce que pas comme les autres, il y a une différence importante entre la consommation d 'eau et le prélèvement d 'eau.

18:19On n 'est pas strictement dans l 'hydrologie, on est dans les définitions. Vous pouvez nous l 'expliquer, cette différence entre la consommation et le prélèvement ? Il y a des prélèvements qui ne mènent pas forcément à la consommation. Quand on parle de la production hydroélectrique ou de refroidissement des centrales nucléaires, par exemple, on va utiliser l 'eau au cours de l 'eau sans forcément l 'extraire du cycle hydrologique. L 'essentiel de la différence se trouve ici. C 'est -à-dire que la consommation, c 'est de l 'eau qui est consommée, qui ne retourne pas directement dans son milieu, c 'est ça ?

18:44Alors, si je me brosse les dents et que j 'oublie bêtement de couper le robinet, est-ce que je consomme de l 'eau ou est-ce que j 'en prélève ? Vous en consommez, je pense. Elle retourne quand même, cette eau. Mon eau qui a coulé bêtement dans mon robinet, l 'eau de mon bain. On parle de consommer du moment que l 'eau change de propriété, donc elle peut s 'évaporer. les plantes évaporent, donc elles consomment l 'eau. Et nous, nous la polluons, donc nous la consommons aussi. Donc c 'est très rare, les usages où on ne les consomme pas du tout. Un usage classique, ce serait justement l 'hydroélectricité, parce que là, vraiment, en tout cas en Suisse, elle change de température, peut -être.

19:23Ou le refroidissement des data centers, ou ce genre de choses. Là, ça change de température. Comme pour les centrales nucléaires. Mais ça tord quand même une idée reçue, ces différences entre prélèvement et consommation. Ça veut dire, Céline Weber, qu 'on pourrait hypothétiquement, avec le même litre d 'eau, refroidir un data center et puis ensuite arroser un champ de tomates. Oui, pour autant que vos tomates, elles aiment l 'eau chaude. Moi, j 'aurais plutôt tendance, dans ce cas, et ça permet d 'élargir encore le débat, on parlait de la multiutilisation de l 'eau. Moi, je vois plutôt, alors là, je parle en tant que présidente réseau thermique suisse, pour nous refroidir les data centers avec de l 'eau, ça veut dire qu 'après, on récupère la chaleur du data center dans un chauffage à distance pour alimenter des bâtiments en chaleur, ce qui serait aussi déjà à certains endroits en Suisse.

20:15Mais tout ça pour dire que ça montre à quel point tout ça finalement est imbriqué, tout ça est complexe, et pourquoi finalement nous avons demandé cette stratégie, parce qu 'on ne peut plus réfléchir en silo et se dire voilà, l 'eau ça sert qu 'à faire ça, et puis si on fait de l 'électricité, ça ne sert qu 'à l 'électricité, ça ne sert pas à la thermie. Il y a énormément de multi-usages qu 'il va falloir arbitrer maintenant et ça, ça se fait seulement en menant une réflexion de fond et pas par deux modifications de loi. Alors on va en parler, puisque vous voulez en parler de cette stratégie ou de ces stratégies ou de ces différentes visions qui s 'affrontent.

20:49D 'abord juste dans le grand schéma des choses, Christian Bretot, est-ce que la bonne nouvelle de cette sécheresse et de cette année, ce n 'est pas précisément qu 'on soit en train d 'avoir cette émission, qu 'on est en train de réunir les politiques à Berne autour de ce sujet, enfin qu 'on vous prenne enfin au sérieux. C 'est effectivement une très bonne nouvelle. Je pense que l 'eau a souvent été le parent pauvre de l 'aspect politique, alors que l 'eau est éminemment politique. C 'est le terreau pour des rapports de force, pour des décisions politiques, pour de la planification sur le long terme.

21:13Quand on parle de planification dans la gestion de l 'eau, on se projette à 50-60 ans au minimum. Donc il faut avoir un débat politique autour de ces questions. On voit qu 'on a une absence de débat politique, on l 'a eu pendant longtemps en Suisse, mais aussi au niveau international. Pourquoi est-ce que c 'est crucial dans des conflits qui sont pourtant au cœur de l 'intérêt médiatique aujourd 'hui, je pense notamment au Proche-Orient ? La question de l 'eau, elle est centrale, et pourtant c 'est très, très, très, très, très, en général... Oui, mais parce que l 'eau, c 'est une ressource qui est très transversale et donc qui s 'intègre dans différentes politiques publiques.

21:40Donc, resserrer la focale sur une ressource en particulier et la mettre en avant, c 'est souvent compliqué. Et à l 'échelle internationale, c 'est souvent pas voulu. Parce que quand vous parlez d 'eau, vous parlez aussi de souveraineté nationale, de souveraineté territoriale. Donc, vous avez aussi des États qui freinent les cas de fer pour ne pas parler justement de l 'eau comme une ressource politique en tant que telle. Alors, si on est tous, enfin bon, en premier, et puis peut -être vous en train de prendre un cours de rattrapage en hydrologie suisse, c 'est parce qu 'il y a eu des problèmes d 'accès à l 'eau, de disponibilité de l 'eau cet été.

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22:06Faut-il s 'atteler à les résoudre ? Certainement. Mais comment, avec quel levier et à quelle échelle, voilà largement de quoi inspirer une question longue ? Et l 'inspirer à l 'excellent Jean-Marc Ellon. Bonsoir, Alexis. Bonsoir, tout le monde. Alors, pour notre plus grand plaisir, vous êtes à nouveau taraudé ce soir, Jean-Marc. Après l 'abondance, place à la gestion. Et c 'est vous, Céline Weber, avec votre parti, les Verts libéraux, qui remettez ce dossier sur la table avec une idée de stratégie nationale. On aura l 'occasion d 'en parler un peu plus tard, mais dans les grandes lignes. Très vite.

22:44Proposer de remettre, de créer de grandes retenues d 'eau en altitude pour garder l 'eau en altitude et pouvoir ramener l 'eau en pleine quand on en a besoin. On verra ce qu 'en pense tout le monde autour du plateau. Mais le problème qu 'on a en Suisse, quand on parle de gestion de l 'eau, c 'est qu 'on n 'a pas vraiment une vision sur ce qu 'on a en stock. Comment est-ce qu 'on fait pour gérer quelque chose dont on n 'a pas une vision très précise ? On a eu tellement d 'eau tout le temps partout qu 'on ne s 'est jamais vraiment demandé quelle quantité d 'eau on avait sous nos pieds, dans les nappes phréatiques, quelle qualité elle avait, etc.

23:14Donc, on ne connaît pas vraiment l 'état de nos réserves. Et non seulement on ne connaît pas l 'état de nos réserves, mais en plus, on ne connaît pas non plus exactement la façon dont on l 'utilise. Alors, on a vu tout à l 'heure, la consommation d 'eau en Suisse, c 'est 2 km3. À la louche, hein ? À la louche, on a grosso modo un km3 qui est très documenté, c 'est l 'eau potable, celle qui est utilisée par les ménages, les entreprises, etc. Et puis l 'autre km3, c 'est une sorte d 'estimation sur ce qui est prélevé par l 'agriculture pour irriguer les champs, par l 'industrie également, pour refroidir ou faire d 'autres choses.

23:44On ne sait pas exactement là non plus. Ça paraît un peu fou qu 'en Suisse, on n 'ait pas une vision plus précise sur quelque chose d 'aussi précieux que l 'eau, mais c 'est la réalité. Donc, dans ces conditions, comment est-ce qu 'on fait pour mettre en place une politique de gestion de l 'eau ? Comment est-ce qu 'on sait quelles infrastructures il faut construire ? À quel endroit pour amener l 'eau où ? Et puis, comment est-ce qu 'on priorise finalement les usages de l 'eau quand on ne sait pas exactement qui l 'utilise, quand et comment ? Donc, ma question, elle est pour vous, Bettina Sheffley.

24:11Est-ce qu 'aujourd 'hui, en Suisse, la première urgence, elle n 'est pas précisément de documenter tout ça, de cartographier un petit peu l 'eau et son utilisation en Suisse pour finalement savoir de quoi on parle. C 'est clair, c 'est vraiment une urgence. Parce que, comme vous l 'avez bien dit, c 'est qu 'on ne sait pas comment consomme l 'agriculture, combien consomme l 'industrie. Et puis finalement, du point de vue technologique, c 'est relativement facile de mettre en place, de commencer à compter l 'eau. Pardon, ça se fait d 'ailleurs largement chez nos voisins, me semble-t-il, y compris dans l 'agriculture.

24:44Et chaque distributeur d 'eau potable mesure combien il distribue. Donc théoriquement, c 'est facile à mettre en place. Maintenant, ce qu 'il faut se rendre compte, c 'est qu 'on mesure l 'eau dans les rivières à quelques endroits en Suisse. Il y a peut -être 150 stations de mesure, mais ce n 'est pas beaucoup. Donc de toute façon, observer le cycle de l 'eau dans tous ses aspects doit rester une priorité. Donc il y a la consommation qu 'il va falloir vraiment mieux quantifier. Mais il ne faut pas oublier d 'aussi quantifier vraiment la nature. puisque nous sommes dans une phase de restrictions budgétaires.

25:17On va se dire, mais peut -être pas besoin d 'autant de stations de mesure de la précipitation. Peut -être on peut réduire un peu l 'observation des rivières. Donc, c 'est vraiment la globalité de la ressource et de la consommation qu 'il va falloir observer mieux à l 'avenir. Parce que ce qui est assez étonnant quand même, c 'est qu 'on nous parle souvent de restrictions, que les nappes sont basses. Mais concrètement, on n 'est pas complètement sûr de ce qui reste. Enfin, on y va un petit peu à l 'aveugle dans la gestion de ces nappes phréatiques. Alors, pour ce qui est l 'eau souterraine, de toute façon, ça reste souvent une grande inconnue de combien il y en a en total dans le sous-souche de la Suisse.

25:51Par contre, chaque producteur d 'eau potable sait très bien comment se comporte son système parce qu 'il mesure quand même du jour au jour de combien il pompe, de quel est le niveau de la nappe, etc. Le problème, c 'est qu 'on ne le met pas ensemble. Chaque canton prélève quelques données par-ci, par-là. Beaucoup de producteurs d 'eau potable font leur travail à l 'échelle des petites communes où il y a très peu d 'expertise. Donc, en fait, il y a quelqu 'un, le fontainier, il va aller sur le terrain, il va mesurer combien d 'eau coule dans la source, toutes les deux semaines, quelque chose comme ça.

26:22Mais personne n 'en fait rien ensuite. Ça reste dans des feuilles Excel cachées sur un ordinateur. Donc, en fait, il s 'agit d 'une part de vraiment inciter les cantons à récolter les données, d 'inciter tous les acteurs, et ensuite de vraiment les récolter, les analyser pour se faire une image de où est-ce qu 'on est en Suisse au niveau cycle de l 'eau naturelle et anthropogène. Vous retournez dans mon oreille, Jean-Marc, ou vous restez avec nous ? Je retourne dans votre oreille. Moi, j 'ai volontiers besoin de vous. Vous savez que sans vous, je ne suis rien. À tout à l 'heure. Merci, Jean-Marc.

26:55Christian Bretot, comment il faut comprendre ça ? Je demande l 'avis du professeur de gouvernance de l 'eau sur la gouvernance suisse de l 'eau. D 'où est-ce qu 'on part ? Est-ce qu 'on est au Moyen -Âge, en matière de gouvernance de l 'eau ? Ou on a quand même un petit peu d 'avance ? Non, non, loin de là. On a quand même des politiques publiques qui sont extrêmement bien structurées. On a quand même un cadre réglementaire et institutionnel qui fonctionne très bien. Énormément de compétences, à la fois techniques, une expérience sur la gestion de l 'eau. Donc, tout se passe très bien du point de vue de la gestion de l 'eau et des compétences en Suisse.

27:25Par contre, effectivement, on a ces angles morts, à la fois sur le fonctionnement du système... C 'est les gros angles morts, quand même. Surtout, mais surtout sur la nature des usages. Et ça, je crois que c 'est vraiment le parent pauvre de la politique publique de l 'eau en Suisse aujourd 'hui. Parce que si on est amené avec le futur et avec une recrudescence du nombre de canicules que l 'on a vécues et aussi de restrictions, on serait obligé de produire des arbitrages un donné ou un autre. Ou politiquement, de faire un choix sur qu 'est-ce qui est mis en valeur entre typiquement l 'irrigation ou le refroidissement, comme vous le disiez tout à l 'heure, d 'un data center.

27:58Donc là, il nous faut les outils pour pouvoir le faire. Et on est un peu en retard par rapport à nos voisins, notamment avec ce qui a été fait sur la directive cadre de l 'Union européenne sur la gestion de l 'eau, où une des premières demandes, ça a été quantifier les usages pour que vous puissiez être en situation de produire des arbitrages par la suite. Juste qu 'on comprenne bien, comment ça se fait, mon frère Bulaire, qu 'on ne sache pas quelle quantité d 'eau l 'agriculture utilise en Suisse ? Parce qu 'on a le privilège d 'être dans ce pays, qu 'a très bien décrit Mme Sheffley, qui n 'a pas de problème de quantité d 'eau, parce qu 'effectivement, on est le château d 'eau, de par les précipitations qu 'on a, On a ponctuellement certaines années sèches, effectivement, dû se poser la question.

28:32Mais globalement, on sait qu 'il y a assez d 'eau qui va couler dans nos rivières, être présente dans nos lacs, etc. Et donc, on n 'a pas besoin de se poser mille questions sur quelque chose qui fonctionne, quelque part, par la force de la nature. Mais évidemment, si on se retrouve en 2100 avec, grosso modo, le climat de la Californie, ce qui est à peu près, pour prendre une image grossière, la prédiction du monde de la climatologie, on devra gérer l 'eau autrement qu 'on l 'a fait jusqu 'à aujourd 'hui. La Californie n 'est pas un désert. Il y a des montagnes, il y a des vallées qui sont très sèches en soi, mais il y a tout un système qui a été mis en place pour alimenter Los Angeles en eau, pour avoir les cultures les plus productives dans toute la vallée à l 'arrière-pays qui alimente la moitié des États-Unis, voire plus.

29:14Et tout ça a été mis en place, tout ça a été pensé. Et effectivement, il faut peut -être qu 'on envisage à long terme ce genre d 'investissement pour que la Suisse puisse peut -être amener de l 'eau sur le plateau par rapport à des sources qui se trouveront davantage évidemment dans les Alpes. L 'alimentation de l 'Arche-Jurassien est un sujet en soi, puisqu 'on a un sol très karstique qui ne retient pas l 'eau, mais on a énormément d 'eau en sous-sol qu 'on peut donc prélever. Cette eau, elle est très, très stable. On sait même qu 'elle vient par dessous le plateau des Alpes, au fond. Donc, on risque même dans le sous-sol de l 'Arche-Jurassien de trouver de l 'eau en abondance, mais il faut creuser.

29:48C 'est des gros investissements et ça, c 'est des choses que les cantons, les associations de communes qui sont en charge de l 'alimentation en premier lieu doivent faire, ça se fait à beaucoup d 'endroits mais ça doit probablement être encore augmenté. Donc, braule-bas de combat, nécessité de braule-bas de combat, il y a, on va voir peut -être. Braule-bas de combat, non, mais une planification sérieuse sur le moyen terme, ça c 'est absolument indispensable parce qu 'effectivement les conditions vont changer, on ne pourra pas travailler en 2070 comme en 1970, ça me paraît une évidence mais je ne pense pas qu 'il y ait une urgence à tout de suite définir plein de choses il faut monitorer un certain nombre de choses.

30:22Je crois que tous les services des eaux sont conscients de leurs responsabilités, monitorent parfaitement leurs besoins, l 'évolution de leurs sources, de leurs nouveaux prélèvements. On a, par exemple, dans ma région, dans le Val-en-de-Saint-Timier, creusé plusieurs puits profonds ces dernières années pour assurer, en interconnectant tous les villages sur des dizaines de kilomètres, un approvisionnement stable, alors qu 'avant, on avait des sources de surface qui allaient très bien dans un contexte idéal et stable, mais qui devenaient insuffisantes certains étés. Et ça, ça a été pensé, planifié il y a des dizaines d 'années.

30:50donc on a déjà ces outils pour réagir. Alors on va laisser Céline Weber expliquer ce qu 'elle devrait être selon elle et selon son parti la stratégie nationale de l 'eau. D 'abord, six stratégies de l 'eau il y a, Bettina Schaeffly, on a parlé de la première jambe de cette stratégie qui est la mesure, être capable de savoir de quoi on parle, quelle quantité, etc. On n 'est pas très bon, ou en tout cas pas très coordonné. La deuxième partie c 'est se concentrer sur l 'utilisation qu 'on fait de cette eau et commencer à se poser des questions de hiérarchie des priorités ou des droits d 'accès à l 'eau en cas de pénurie, ce qui, encore une fois, ce qui, pour le coup, n 'existe pas non plus en droit suisse puisque la seule priorité qui existe, c 'est l 'eau potable, c 'est ça ?

31:29Ça dépend, justement, l 'eau appartient aux cantons, à quelques exceptions près, où ça y a même les communes qui possèdent l 'eau. Et puis, c 'est clair que le cadre légal dépend, du coup, des cantons. Et c 'est clair qu 'il y a des cantons qui ont des lois sur la protection de l 'eau ou l 'eau très récente où on nomme explicitement le besoin en eau des écosystèmes. Ça c 'est par exemple Genève, une loi qui date de cet été ? Voilà, c 'est ça. Mais c 'est clair que dans d 'autres cantons, ce n 'est pas encore la priorisation, ne va pas être écrite telle qu 'elle dans la loi. Et d 'ailleurs, c 'est bien même, notre conseiller fédéral Albert Rochety l 'a bien dit, c 'est qu 'une des premières choses à faire dans la stratégie de gestion de l 'eau, c 'est identifier les zones à risque et de faire une planification à long terme.

32:18Et puis ça, ce principe de base, je pense qu 'on peut tous être d 'accord. Le cœur de votre stratégie, venons-en, de cette stratégie nationale, est-ce qu 'il s 'agit uniquement de monitorer la ressource ? C 'est quoi monitorer en français ? De mesurer, de connaître plus précisément la ressource et d 'établir des règles précises en matière d 'usage ou est-ce qu 'il faut aller plus loin avec des infrastructures nouvelles, Céline Weber ? Non, alors c 'est clair que simplement monitorer, ça ne va pas nous mener très loin. Et d 'ailleurs, le Conseil fédéral m 'avait répondu une première fois en 2022 qu 'il allait mettre en place des bases pour qu 'on ait un petit peu des banques de données et tout.

32:58Il vient enfin en 2026 en nous disant « Tout va bien, le Conseil fédéral fait sa stratégie de l 'eau ». Et au fond, quand on regarde un petit peu les premiers éléments qui ont filtré cette stratégie de l 'eau, parce qu 'elle n 'a pas encore été publiée, mais les premiers éléments, on réalise qu 'il s 'arrête un petit peu au monitoring et si vraiment il y a des actions, alors il demande au canton de les faire, par exemple obligation cantonale de planification des ressources partage entre les cantons des questions et sensibilisation Mais la logique intercantonale, c 'est quand même une logique qui renvoque dans ce pays, c 'est pas forcément est-ce que c 'est mépriser un sujet que de dire au canton de son occupant ou au contraire c 'est de le prendre en sérieux ?

33:38Alors soyons très clairs, je suis très attachée au fédéralisme et ça a été dit tout à l 'heure par M. Bréto, les cantons font déjà énormément. Mais la Confédération ne peut pas se laver les mains complètement, sans mauvais jeu de mots, d 'une stratégie de l 'eau, en disant simplement que c 'est au canton de le faire. Et d 'ailleurs, je vous donne deux chiffres. Le premier, c 'est au niveau du gaspillage de l 'eau. On sait, à l 'heure actuelle, que dans les conduites d 'eau potable, on perd 12%. Définissez perdre. Parce que moi, j 'ai toujours ce problème de cycle. Elle n 'est pas perdue et elle va où ?

34:11Alors, perdre, c 'est simplement que vous nettoyez de l 'eau, si on peut dire, pour la rendre potable. Vous l 'envoyez dans les conduites jusqu 'au consommateur et entre la station de production d 'eau et le consommateur, il y a 12 % de perte dans les conduites. Donc, bien sûr, finalement, ça refini dans les eaux souterraines et tout. Mais à quoi ça sert de pomper de l 'eau et de nettoyer de l 'eau qui soit pour la rendre potable, si au final, elle n 'arrive pas à destination ? Ce n 'est pas hyper utile. Une autre chose qu 'on a vue cet été, mais qu 'on n 'a pas vu pour la première fois, c 'est ces hélicoptères qui amenaient de l 'eau en montagne.

34:45Alors, moi, évidemment, je n 'en veux pas aux agriculteurs. Ils n 'avaient pas d 'autre choix. Mais soyons logiques, vous avez un glacier qui fond avec des vaches à côté. Vous laissez aller l 'eau en pleine et après, vous remontez plus ou moins à la même altitude avec un hélicoptère pour que les vaches puissent boire. Je pense qu 'on mérite une stratégie qui va un peu plus loin que ce que propose le Conseil fédéral de monitorer. Et c 'est pour ça que nous, ce qu 'on demande au Conseil fédéral, c 'est d 'aller plus loin et de proposer aussi des facilités par exemple pour avoir de la rétention d 'eau en altitude parce que ça...

35:20C 'est construire des barrages ça ? C 'est construire des barrages, ça peut être construire des petits lacs de rétention pour que les agriculteurs puissent disposer de l 'eau plus facilement, enfin je m 'excuse mais on le fait aussi pour l 'eau des pistes de ski, donc pourquoi alors moi j 'adore skier, j 'ai rien contre le ski mais enfin je me dis que si on peut faire quelque chose pour le ski on peut peut -être aussi le faire pour quelque chose aussi important que l 'agriculture. On peut même peut -être le faire pour le ski et pour les vaches. Donc, tout ça pour dire que ce que nous, on demande, c 'est d 'aller au-delà que simplement du monitoring.

35:49Il y a les stockages, ça a été dit tout à l 'heure, il y a tout l 'enjeu géopolitique de l 'eau. Et pourquoi pas aller même plus loin en disant, ok, on est en plein débat sur les accords bilatéraux, la Suisse est un château d 'eau, si on a un différent avec l 'Union européenne, pourquoi pas aussi faire jouer cet élément-là que de dire, attendez, nous, on a aussi une denrée à faire valoir, on a aussi quelque chose à amener dans la balance, il y a cette approche suprarégionale de l 'utilisation de l 'eau, donc c 'est ce qu 'on reproche un petit peu au Conseil fédéral, c 'est de se contenter au monitoring et on a l 'impression qu 'il n 'a pas encore compris tout l 'enjeu géopolitique, économique, sanitaire autour de l 'eau et c 'est ce qu 'on demande avec notre stratégie de l 'eau et encore une fois, je peux rassurer M.

36:35Biller. – Parce que là, il est en train de prendre de l 'élan pour vous répondre. – Absolument, non, non, mais je le sens venir. On ne demande pas forcément des nouvelles lois, absolument pas. Ça a été dit plusieurs fois. L 'eau dans les lois est déjà très bien documentée, mais tout ça, c 'est un cadre. Mais maintenant, il faut mettre une photo dans ce cadre. Si on ne veut pas que ce château d 'eau craquelle, il faut qu 'on fasse quelque chose. Une loi par elle-même ne va strictement rien faire. – Je crois que Céline Weber vient de le dire. On a les outils, on a les cadres légaux. Et si je prends l 'approvisionnement des alpages, qui est un thème, parce que c 'est spectaculaire, on peut montrer au 1930 des vaches qui meurent de soif avec un hélicoptère pour impressionner les gens et se dire « ah mon Dieu, il faut tout de suite intervenir ».

37:14Ça fait 50 ans qu 'on intervient sur ce genre de sujet. Il existe des programmes d 'amélioration foncière pour l 'agriculture, soutenus par le financement fédéral et cantonal, qui sont des adductions d 'eau sur des alpages. L 'arc jurassien en a très largement bénéficié. Dans la région où j 'ai grandi à 1300 mètres, il n 'y a pas eu de manque d 'eau dans toutes les métairies du Chasseral, par exemple, parce qu 'en 1970, 76, 78, on a construit des dizaines de kilomètres de conduite d 'eau grâce à ces programmes qui existent. Simplement, ils ont souvent été réduits au profit d 'autres politiques publiques, notamment sociales et autres, ces dernières années.

37:46On a souvent réduit ces fonds d 'infrastructure au profit de l 'agriculture ou d 'autres domaines de ce type-là. et je pense que simplement en réactivant et en redirigeant les fonds fédéraux et cantonaux sur ce genre de programme, on pourra répondre typiquement à ce genre de besoin. Et là, il faut juste qu 'on se mette d 'accord au plan budgétaire, il n 'y a même pas besoin de changer quelques lois que ce soit. Mais je suis tout à fait d 'accord avec vous. D 'ailleurs, dans le canton de Vaud, cette année, on n 'a pas vu éliporter de l 'eau non plus. Mais le fait est que ça n 'a pas marché dans tous les cantons, sinon on n 'aurait pas eu besoin d 'éliporter.

38:14Et pour, vous le savez tout aussi bien que moi, pour réaffecter des fonds, comme vous le dites, dans la gestion de l 'eau, il faut avoir une stratégie. Sinon, l 'UDC va être les premiers à dire « Non, mais pourquoi est-ce qu 'on augmente le budget ici alors qu 'on n 'a pas de stratégie définie ? » Et c 'est tout ce qu 'on demande. On n 'est pas en train de demander la lune. On demande simplement une stratégie à long terme. Et vous disiez avant qu 'on politisait un petit peu cet été caniculaire pour maintenant ruer dans les brancards et faire vite-vite quelque chose. Non, on demande une stratégie.

38:40Une stratégie, tout entrepreneur le sait, c 'est à long terme. C 'est justement pour éviter de chaque année ou régulièrement se retrouver dans des situations où on doit agir vite, comme par exemple l 'approvisionnement de certains biens qui sont censés venir par le Rhin et que tout d 'un coup on met vite sur les camions parce qu 'on ne savait plus comment faire. Comme si c 'était une surprise, alors que ce n 'est pas la première fois que ça arrive. Et c 'est ce manque d 'anticipation qui pour nous est problématique. Christian Bretot. Oui, peut -être juste rebondir là-dessus et peut -être présenter les enjeux de façon un peu plus positive également.

39:13C 'est -à-dire qu 'on a vu par exemple dans les années 70, avec la révision sur la loi fédérale sur l 'eau, qu 'on a réussi à répondre à des problèmes de qualité qui étaient assez monstrueux à l 'époque. Je voudrais juste rappeler que dans les affaires des années 60, personne ne se baignait dans le lac Léman. C 'est ça. On fait une émission sur la quantité d 'eau-là, on n 'a pas parlé du tout de la qualité, on va faire une autre émission là-dessus. Mais ce que je veux dire, c 'est que l 'action publique avec un drive de la Confédération peut réussir à régler des problèmes qui sont relativement massifs.

39:33Par contre, aujourd 'hui, je crois qu 'il faut quand même mettre la vitesse supplémentaire, parce que face à des enjeux tels que la résilience climatique ou la crise climatique, on a quand même beaucoup plus d 'enjeux qui sont interconnectés, qu 'il va falloir gérer en même temps. Donc la question, ce n 'est pas seulement l 'avancée des cadres réglementaires, mais c 'est de savoir comment est-ce qu 'on sort du silo de l 'eau, ou de l 'énergie, ou de la protection de l 'environnement pour avoir une discussion qui essaie d 'intégrer les enjeux à l 'aune de cette crise climatique qui nous arrive dessus.

39:58Sur la question des grands travaux, oui, Bettina Sheffley. Je voulais juste revenir là-dessus parce qu 'en fait, justement, moi, quand je faisais mes études de génie rural, donc c 'était vraiment la gestion de l 'eau, c 'était au cœur de ma formation. On nous a toujours dit, l 'eau, il faut la gérer d 'une manière intégrale et d 'un point de vue holistique. C 'est quelque chose qu 'on a oublié un peu. Le point de vue holistique, ça voulait dire à l 'époque et encore aujourd 'hui, c 'est qu 'en fait, il fallait tenir compte du territoire dans son ensemble et pas juste des différents secteurs de l 'eau.

40:27Et aujourd 'hui, on a tendance à gérer le cycle de l 'eau dans son intégralité à l 'échelle d 'un bassin versant ou à l 'échelle d 'un canton. mais on a tendance à oublier justement que l 'eau en fait est stockée sur notre territoire, qu 'il faut intégrer la politique énergétique, la politique d 'aménagement du territoire et agricole. Et puis là on peut se poser la question s 'il n 'y a pas besoin d 'un nouvel outil pour faire cette transversalité. Mais oui les bassins versants, on utilise ce terme de bassins versants, les bassins versants où toute l 'eau va dans un même fleuve on va dire ou dans une même rivière, ils ne sont pas collés, la réalité des bassins versants ce n 'est pas la même réalité que les frontières cantonales est-ce qu 'on peut continuer avec si on doit réfléchir en bassins versants plus qu 'en canton ou en commune est-ce que ça n 'oblige pas à dépasser vous me voyez venir, dépasser le niveau de la commune ou du canton.

41:20Les cantons sont suffisamment intelligents pour collaborer, l 'article constitutionnel dont je parlais, le 76, prévoit du reste que s 'il y a des conflits entre cantons sur la gestion de l 'eau, parce qu 'un canton voudrait retenir toute l 'eau en Valais pour ne pas la donner aux Genevois et aux Vaudois dans le Léman. La Confédération arbitre ce genre de conflit et a la compétence de décider. C 'est même explicitement prévu. Donc, on n 'a pas le genre de problème qu 'ont les États américains dans le bassin du Colorado, fort heureusement. Mais tout ça existe. Donc, il n 'y a pas urgence. Et je crois que les cantons collaborent déjà aujourd 'hui.

41:49Le Val-Lonc-Saint-Imier-Bernois envoie l 'eau aux Franches-Montaines-Jurassiennes. Tout se passe très bien. Donc, on n 'a pas de soucis de ce point de vue-là. En tout cas, je n 'ai pas connaissance de conflits véritables qui émergerait entre cantons dans la gestion de l 'eau aujourd 'hui. Mais c 'est quelque chose qu 'il faut évidemment garder à l 'œil parce que si ce genre de conflit devait arriver, la Confédération devra jouer l 'arbitre. Que dit la professeure d 'hydrologie du troisième volet ? Enfin, je ne sais pas si c 'est le troisième, le premier ou le quatrième, mais fin d 'un des volets de la stratégie qui consiste à, quelque part, à remplacer nos glaciers, en gros.

42:18À stocker l 'eau, à construire des infrastructures en montagne pour pouvoir stocker l 'eau. Est-ce qu 'on va pouvoir régler le problème des paysans dans la broie en stockant de l 'eau en Valais ? Alors, plein d 'aspects à cette question. Tout d 'abord, rappelons-nous pourquoi nous avons construit ces beaux barrages. C 'était pour avoir de l 'eau en hiver et pas en été. Donc ça, il faut quand même se le rappeler. Donc, en fait, on a construit des grands barrages. On a beaucoup de volumes de stockage artificiels que, justement, on pourrait utiliser à des buts multiples, comme Mme Weber l 'a déjà mentionné plusieurs fois.

42:47Donc, en fait, on a déjà des réservoirs artificiels et surtout naturels qu 'on pourrait gérer d 'une manière concertée afin de satisfaire des besoins bien différents que juste l 'hydroélectricité. Donc ça veut dire non ? Ça veut dire pas besoin de nouveaux barrages ? Disons que forcément, il y aura des nouveaux volumes de stockage localisés. C 'est une solution. Typiquement, les stations de ski se construisent des petits bassins de rétention. C 'est très intéressant. Ça, c 'est local. Stockage local, utilisation locale. Et à mon avis, ça reste vraiment un outil local, le stockage de l 'eau, à l 'échelle de la Suisse, surtout aussi, il faut se rappeler que l 'eau des montagnes est déjà retenue dans les lacs.

43:30Dans le Bernardo-Barlan, l 'eau va dans le lac de Thun et de Brienz. Ensuite, encore dans les lacs du Jura. L 'aimant joue aussi déjà ce rôle. Donc, en fait, le stockage naturel, il est à l 'altitude à laquelle on aimerait avoir l 'eau. C 'est -à-dire que Lacs Neuchâtel-Bienne et Mora sont là où, en fait, on produit nos légumes. Mais on a réussi à faire des bis au niveau du canton du Valais. On ne peut pas faire des bis au niveau national qui amèneraient cette surabondance d 'eau là où on en a besoin ailleurs. Ça s 'est fait en Espagne, il y a un gros bis. Je ne sais plus comment il s 'appelle, mais il y a un énorme magduque qui tourne dans toute l 'Espagne, qui déplace des quotités astronomiques d 'eau d 'un côté à l 'autre du pays.

44:09Ça n 'a pas de sens. J 'aimerais peut -être juste rebondir sur un élément. Évidemment qu 'on parle de stockage de l 'eau locale, mais si vous regardez par exemple certains glaciers qui sont en train de fondre et qui laissent devant eux un petit lac de rétention, pourquoi ne pas, plutôt que de simplement laisser filer cette eau, profiter de construire des petits barrages ou des petits lacs de rétention locaux qui permettent aussi de garder l 'eau de pluie quand il y a les précipitations. Mais toujours pour usage local. Ce que je veux dire par là, c 'est qu 'on ne va pas... Je ne suis pas en train de dire qu 'on va faire une grande distance numéro 2, ça, on est bien d 'accord.

44:45Non, mais ni des grands tuyaux qui amènent l 'eau des barrages valaisans vers... Le réseau hydrologique suisse répond déjà à cette demande. Le Rhin irrigue tout l 'Est. Je crois que là, on va irriguer tout le Middle Land, le Rhône avec le lac Néan. Mais on a des glaciers qui sont en train de fondre et où on laisse échapper l 'eau. Et c 'est là où nous, on dit, c 'est à ce niveau-là qu 'il faut analyser dans quelle mesure il n 'y a pas des glaciers où on pourrait faire des lacs de rétention. aussi pour des questions de sécurité et de protection contre les inondations. Parce que si tout d 'un coup, vous avez des masses entières de glace qui cèdent, je n 'ai pas besoin de vous expliquer ce que ça a donné.

45:23On en a vu un exemple récemment. Donc, c 'est aussi dans ce but-là de sécurité. Un point que vous avez relevé sur nos rapports avec nos voisins, utiliser notre château d 'eau comme un levier, ça c 'est vraiment votre domaine. J 'imagine en négociation, en géopolitique, on a plus de poids qu 'on est en amont qu 'on avale. donc la Suisse est plutôt un avantage mais on a moins de poids quand on est en un politique face à des géants donc on est bien ou mal lotis à ce niveau-là en tant que pays à mon, vous avez forcément un avantage comparatif après effectivement, face à un bloc de l 'Union Européenne on est quand même dans une situation qui est plutôt inconfortable si les pays décident de mettre la pression sur la Suisse ce qui ne se fait pas pour l 'instant, on l 'a vu pour le Rhône ou pour le lac majeur, c 'est toujours des négociations bilatérales qui interviennent pour le moment mais sur demande des Français pour le cas du Rhône donc il y a quand même un début de pression on voit les tensions qui augmentent de part et d 'autre.

46:11On voit aussi la volonté de signer des accords qui augmentent. Et ce n 'est pas nouveau. On peut aussi mentionner le Rhin, où on a un accord depuis très longtemps. Le Danube, il y a un accord depuis très longtemps. C 'est vrai que là, on avait deux cas, et même le Lac-Major, on a un accord, à vrai dire. C 'est vrai que le cas du Léman était un peu un cas à part, parce qu 'on avait une commission internationale qui était surtout du Léman et de la protection de la qualité, mais assez peu de choses sur les enjeux de quantité, en l 'occurrence. Et c 'est vrai que les Français ont tout d 'un coup pris conscience, en fait, que ce Léman, qui est effectivement un réservoir qui est complètement régulé sur toute l 'année, était un réservoir qui devenait extrêmement stratégique en regard des besoins à l 'aval et notamment sur la peine agricole ou sur le refroidissement de la centrale nucléaire.

46:50Ce qui nous donne, Mme Fred Buller, un peu de poids face à l 'Union Européenne, ça devrait vous faire plaisir, ça. Bien sûr, mais je crois que là, il faut être en bon voisin, en bonne intelligence pour trouver les solutions parce qu 'il ne s 'agit pas de fermer les écoutilles à Genève et puis d 'assécher la France pour les menacer de je ne sais quoi, parce qu 'ils auront au fait de nous amener quelques soldats pour réouvrir les écluses. Et puis là, on ne fera pas le poids, évidemment. Ce n 'est pas du tout ça le but. Je pense qu 'il faut vraiment avoir des accords internationaux solides, ce qui ne veut pas dire adhérer à l 'Union européenne, bien entendu.

47:18On arrive. J 'aimerais juste rajouter quelque chose. Toute fin, parce que c 'est vraiment la fin de l 'émission. Je suis désolé. La gestion de nos gros lacs, au début, c 'était vraiment pour nous protéger de l 'inondation. C 'est que le fait qu 'on essaie maintenant de les utiliser pour nous protéger de la cesseresse, c 'est vraiment… C 'est nouveau. C 'est tout à fait nouveau. Mais ça peut servir aux deux, c 'est l 'avantage du lac. Merci Bettina Sheffley d 'avoir juste ici. On a, je crois, à faire à peu près le tour du sujet, quoique il y aura encore mille choses à dire sur le cycle de l 'eau et son nécessaire ralentissement.

47:45Merci à tous les quatre d 'avoir participé à l 'émission. On se retrouve la semaine prochaine, même lieu, même heure. Le sujet reste ouvert. Tout de suite, Ghost, ça c 'est pour les fans de poterie. Excellente soirée sur la RTS ou ailleurs. Bye bye.

48:16Sous-titrage ST' 501

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Canicule, sécheresse, rivières à sec : la Suisse se découvre vulnérable elle aussi quand l'eau vient à manquer sous un soleil de plomb. Le château d'eau de l'Europe aurait-il du souci à se faire alors que ses glaciers fondent ? Ressource constante à l'échelle de la planète, l'eau peut-elle vraiment faire défaut en Suisse ou faut-il plutôt craindre pour sa disponibilité ? Eau potable, agriculture, industrie, énergie : quelles priorités pour quels usages ? Après des siècles d'abondance, l'heure de la gestion de l'eau a-t-elle sonné ? La Suisse va-t-elle manquer d'eau ? C'est le débat d'Infrarouge, mercredi 9 septembre.

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La Suisse va-t-elle manquer d'eau ?Infrarouge ‐ RTS · 48 min
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